
Riposte poétique
1
Regroupés, classés, rangés
entravés, bâillonnés, terrorisés
on a compté tous les otages
car c'est notre monnaie d'échange, notre butin de guerre
le prix de nos humiliations et de malheurs anciens...
Indicibles souffrances, intolérables attentes
combien de temps cela va-t-il encore durer?
L'information circule, s'échange, se trafique et se floute
se monnaye et se perd en un flux continue qui se mange lui-même.
Suffisance affichée, le mensonge prospère
dévorant les enfants de ses propres enfants!
La vérité n'est plus cette longue patience
venue donner son sens à nos vies de hasards
La vérité n'est plus cette arène glorieuse
où venaient s'affronter l'audace et le génie
La vérité n'est plus cette étoile filante
lumière de l'esprit
venue griffer la nuit sans y laisser de traces
Mais voilà qu'on s'affaire, que déjà l'on éteint les lumières
débranche les micros
Le regard maintenant se détourne, les visages se ferment
l'écoute s'affranchit d'une attention précieuse aux inflexions sonores
aux tremblements du verbe, hésitations du Doute
bégaiements d'une vie qui s'offre en se perdant
et renaît de ses cendres, inventant l'exception
2
La guerre est encore là on en a les images
on a la bande son
Immeubles éventrés, façades en suspens
voitures encastrées, retournées, calcinées
les rues n'existent plus qu'encombrées de gravats et de bloc de béton
leurs ferrailles à nue! Cratères gigantesques!
La campagne est partout défigurée, meurtrie, menaçante
truffée de mines prêtes à tout déchiqueter
quand la ville prospère est renvoyée d'un coup au chaos des enfers!
La guerre est encore là, Guernica pleure encore
le cheval n'est pas mort, continue de tomber, continue de hennir...
Grondements assourdis des bombardiers là-haut
larguant la mort en pleine nuit, larguant la mort et par centaines
sifflements des missiles, bourdonnement des drones
fracas assourdissants, claquements en rafales
roulements du tonnerre aux portes de l'Enfer!
La guerre est encore là on a les témoignages
la voix des rescapés, celle des reporters, celle des secouristes
les faits sont recoupés, les faits sont avérés
Guernica souffre encore un martyre qui dure
quand dans nos têtes abimées
des bouches édentées font entendre leurs cris!
Indicibles angoisses
de celui qui se voit enseveli, immobile, coincé
à côté de sa sœur, de son frère, d'un proche déjà morts
condamné à la nuit, condamné au silence
et qui soudain comprend qu'il aura tout perdu
Amputations d'urgence, visages fracassés, pansements de fortune
incalculables conséquences...
Les enfants orphelins, les enfants violentés, les enfants kidnappés
mémoires abimées
subiront pour longtemps leurs blessures à vif...
La guerre est encore là, Guernica brûle encore
sous l'ampoule allumée la folie du cheval hurle dans nos oreilles
Dans le cercle d'airain d'un Seul acharnement
la rage des soldats arnachés pour la mort
côtoie leur désarroi face au désastre en cours...
3
Laïcité Ouverte, laïcité en larmes, laïcité en armes
école émancipée de toutes soumission si ce n'est à la loi
reconnue légitime...
Certains croient en un Dieu tout puissant et jaloux
intraitable sauveur, bienfaiteur capricieux
dont ils seraient les seuls heureux bénéficiaires
Le Dieu de certains autres serait à les croire
au moins aussi puissant mais bien plus généreux
s'offrirait à chacun, pardonnerait à tous
à la seule condition qu'on en paye le prix:
savoir baisser la tête, surveiller sa parole et se mettre à genoux...
Certains ne voulant pas d'un tel Dieu solitaire
et seul propriétaire de Tout l'Univers
préfèrent les récits de mythes ancestraux
narrant à qui mieux mieux les folles aventures
de dieux certes nombreux, souffrant mille passions!
Imaginatifs, truculents, facétieux...
Déesses amoureuses, déesses conquérantes, déesses vengeresses!
Mais ceci n'est pas tout bien que déjà beaucoup:
contre les précédents certains montrent les dents
disant ne croire en rien qu'en ce vaste Univers
sans cesse poursuivant dans l'espace infini
sans autre destiné qu'un éternel retour de ses métamorphoses
sa course grandiose, effrayante ou sublime...
Certains voient les humains comme un achèvement
divine création maitresse de la Terre!
Plus d'un courbé sur son vaste nombril
s'y contemple à plaisir en se tordant le cou!
D'autres ne les voient que comme un accident
fruits fortuits qu'un Hasard frivole et capricieux
aurait livrés aux bras d'une Nécessité sans âme...
Quoiqu'il en soit de cette alternative
plus d'un courbé sur son vaste nombril
s'y contemple à plaisir en se tordant le cou!
Alors surtout n'oublions pas ceux qui
chercheurs infatigables que la vérité aimante
peut-être plus prudents, plus sages, surement plus modestes
se posent des questions, croient, doutent, de nouveau s'interrogent
exercent la critique au nom de la raison
poursuivant un chemin non encore exploré
défrichant une voie pour d'autres horizons...
Laïcité Ouverte, laïcité en larmes, laïcité en armes
alors on a bâti le cadre nécessaire, indispensable et sûr
pour que toutes ces voix puissent cohabiter
que chaque conviction puisse se faire entendre
sans imposer sa loi et le silence aux autres
Laïcité Ouverte, laïcité en larmes, laïcité en armes
fille assumée d'un droit reconnu naturel
et dont tous les humains sont dotés de naissance
à charge évidemment du devoir pour chacun
de respecter celui dont sont dotés les autres...
Possession de soi-même avant tout autre bien
d'un corps qui nous apporte et plaisir et douleur
et bientôt se transforme en enceinte sacrée...
Droit de penser selon sa propre conviction
d'enchaîner les idées dans un sens ou dans l'autre
et surtout d'hésiter, de douter, d'en changer jusqu'à se contredire
de suivre la raison jusqu'à s'en affranchir...
Dans l'espace privé, intérieur et secret de chaque conscience
droit de penser ceci, droit de penser cela
d'exercer librement l'esprit de la critique
ou de rester fidèle aux dogmes établis...
Laïcité Ouverte, laïcité en larmes, laïcité en armes
loin de tout uniforme endossé sous contrainte
aucun habit n'ayant jamais fait aucun moine
fors une décence qu'on doit à chacun tout autant qu'à soi-même
jupes ou pantalons, calicots en dentelle, fantaisies affichées
chacun devra pouvoir se vêtir à sa guise
y exprimer son goût sans craindre l'interdit, la censure des doctes!
Laïcité ouverte, laïcité en larmes, laïcité en armes
même droit pour chacun d'exprimer en public
les caprices d'un goût, préférences sensibles, idées ou convictions...
Sculpter le sable fin, modeler dans l'argile, tresser le roseau souple
mélanger des pigments, les porter sur la peau d'habiles acrobates
composer, mélanger à l'envie de nouvelles musiques
imaginer fictions, fables ou narrations...
Car un Dieu tout puissant s'il existe vraiment
à défaut d'être bon, de savoir le pardon
comment pourrait-il craindre une image terrestre
magnifique ou flatteuse, ironique ou moqueuse...
Liberté de penser, de se taire ou de dire
de ne pas accepter les idoles du jour.
Bien commun à défendre, oxygène de l'âme
droit de se réunir en petits comités, en cercles d'amitié, en familles du cœur
partageant l'émotion, le rire ou le chagrin
Bien commun à défendre, oxygène de l'âme
droit de cacher son dire ou bien de le brandir
aux grandes assemblées décidant l'avenir
celui qu'on croit meilleur et juste pour chacun
Laïcité Ouverte, laïcité en larmes, laïcité en armes
école émancipée de toute soumission si ce n'est à la loi
reconnue légitime
il a fallu lutter pour gagner cette place
bien après que Socrate, accusé d'impiété
du fond d'une prison dans l'Athènes aux yeux pers
reconnaissant sa dette au dieu de la Santé
entouré jusqu'au bout de disciples fidèles
ait dû boire la ciguë
Dans les siècles passés et dans bien des contrées
combien périrent au bûcher de n'avoir pas suivi
le dogme, la doctrine ou la foi qu'on impose par force et dans le sang versé?
Un public existait, guettant les affres du martyr...
Les condamnés d'un d'un jour accouchèrent parfois des bourreaux à venir
Callas le protestant fut dénoncé par la rumeur
intolérable intolérance
puis conduit au supplice en l'an de 1762...
Voltaire, on le sait, depuis Ferney rameuta les esprits
mais le mal était fait, le supplice achevé...
Laïcité Ouverte, laïcité en larmes, laïcité en armes
il a fallu lutter pour lui faire sa place
après qu'une Révolution ait fait tomber la tête
d'un Roi qui n'avait su voir venir la tempête
la colère d'un peuple abattant l'injustice
l'enfermement des uns, la superbe des autres
affirmant par la force et jusque dans le sang
un droit très naturel à ne plus se soumettre aux sbires envoyés
soldats, milices, mercenaires
pour imposer les ordres d'un pouvoir infâme
se croyant immortel, se voulant absolu!
Laïcité Ouverte, laïcité en larmes, laïcité en armes
Courage est fermeté, conscience du danger, décision de l'action au moment opportun
volonté de défendre une cause qu'on croit
juste, bonne, bénéfique pour tous...
La prudence est alors de savoir patienter, remettre au lendemain
attendre et regarder bouger les circonstances...
Ne jamais renoncer qu'espérant la venue
d'une occasion propice, de la chance soudaine, du nouvel avantage
Aux quatre coins du Monde, sous toute latitude, sous toute longitude
du Levant au Couchant et jusque vers les Pôles
nombreux sont ceux qui surent, qui savent et sauront se montrer
prudents sans lâcheté, dignes et courageux
dans ce combat sans fin pour le droit de penser, de croire ou de douter
d'exprimer sans danger toute curiosité
tout examen des sources, toute quête d'un sens
tout élan d'un esprit frondeur et turbulent fécondant l'avenir
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« Avant donc d’examiner l’acte par lequel un peuple élit un roi, il serait bon d’examiner l’acte par lequel un peuple est un peuple. Car cet acte, étant nécessairement antérieur à l’autre, est le vrai fondement de la société » Jean-Jacques Rousseau (Du Contrat Social I, v)
« Parler de liberté n’a de sens qu’à condition que ce soit la liberté de dire aux gens ce qu’ils n’ont pas envie d’entendre » Georges Orwell
« Le récit laïque se fonde – commence – à partir du fait incontournable d’une naissance humaine » Edward Said
« Voilà comment, sans toucher au principe même et à la vérité de la liberté dans ce pays nous avons le droit, nous avons le devoir de faire de cette liberté de l’esprit une réalité vivante dans l’œuvre laïque et nationale d’éducation et d’enseignement. Voilà pourquoi c’est dans une pensée de liberté et avec le souci de l’intégrité du droit humain, que nous voterons la loi de libération qui nous est proposée » Jean Jaurès (jeudi 3 mars 1904)

De la démocratie, du despotisme et de la délibération
(1) Qualifions de politique toute tentative de penser de façon aussi systématique que possible l’art humain de se gouverner collectivement à l’aide de règles ou de lois jugées nécessaires et légitimes pour atteindre un but jugé lui-même souhaitable légitime. Une telle réflexion se présente donc immédiatement aussi comme une réflexion sur les conditions qui pourront être jugées légitimes de l’appartenance des individus à une telle communauté politique, c’est-à-dire en fait sur les conditions de leur insertion, de leur exclusion ou bien encore de leur droit à s’en extraire librement. Une telle réflexion conduit alors nécessairement à envisager les formes perverties ou monstrueuses d’une telle organisation. Pour la conscience moderne instruite par la science la Démocratie apparaît, notamment en raison du principe d’égalité qui la fonde, comme la forme politique la mieux à même de répondre aux conditions de sa propre légitimité. Face à cette Démocratie le totalitarisme comme le despotisme apparaissent comme la forme même du régime qui peut lui être opposé.
(2)Le principe politique de la démocratie, en quoi consiste sa légitimité revendiquée, réside dans la reconnaissance de la nécessité d’une Délibération continuée visant à permettre de dégager les objectifs et les moyens jugés nécessaires et bons pour la communauté des humains rattachés à ce régime sur un territoire donné. L’étendue de cette communauté ainsi que la délimitation de ce territoire constitue l’un des sujets fondamentaux de la délibération. Les membres de la communauté sont jugés par principe égaux en droits et en devoirs les uns par rapport aux autres, ce double principe les qualifiant comme citoyens aptes à participé à la Délibération continuée. Cette qualité est une puissance inaliénables sont le fondement de cette même Délibération. Le nouveau-né, par exemple, n’est d’abord qu’un citoyen en puissance et c’est comme tel que ses premiers droits et devoirs peuvent être reconnus. De même, pour l’étranger ou l’immigré qui souhaite intégrer cette communauté des citoyens.
(3)Le Principe politique du despotisme réside dans l’affirmation d’une prétendue légitimité de la domination exercée par la volonté d’un seul et de son arbitraire sur l’ensemble d’une population rattachée à un territoire donné. La religion, l’histoire traditionnelle ou encore la nécessité de faire face à une agression réelle ou supposée font partie de la panoplie des arguments qui, bien que fallacieux en regard de la raison, peuvent être utilisés, tour à tour ou dans leur ensemble pour justifier ou légitimer une telle domination. Le détournement des processus politiques propres à la démocratie fait en outre partie de la stratégie de dissimulation ou de camouflage d’un tel régime.
(4)Indépendamment du fait qu’elle corresponde à un idéal de justice fondé sur l’idée d’une communauté juridiquement égalitaire c’est bien aussi dans la mesure où elle intègre et régule de très nombreux processus de feed-back en réseaux que la Démocratie, tout comme la Délibération qui l’accompagne en la légitimant, peuvent apparaître comme une réponses politique humaine particulièrement adaptée face aux multiples, déroutantes et parfois même très inquiétantes surprises que n’a pas fini de nous réserver l’insolente et capricieuse Générosité du plus Grand des Hasards!
(5)Entre la démocratie la plus accomplie et le despotisme le plus radical il y a de multiples stades intermédiaires possibles dont chacun se présente comme la domination plus ou moins arbitraire exercée par un groupe particulier plus ou moins étendu et homogène sur le reste de la communauté concernée. A l’une des extrémité de ce spectre il y a le despotisme intégral ou pur qui établit ironiquement l’égalité dans la soumission totale de chacun aux contraintes arbitrairement imposées par celui qui s’octroie le privilège de les faire respecter par tous tout en se dispensant de s’y plier lui-même. A l’autre extrémité de ce spectre on trouve l’idéal d’une démocratie directe et permanente dans laquelle chacun pourrait à tout moment, au nom d’un droit de s’exprimer et d’être entendu voire écouté par chacun des autres, intervenir pour faire légitimement valoir son point de vue sur ce que doit être cette même démocratie ainsi que sur ses objectifs et les moyens à mettre en oeuvre pour les atteindre.
(6)L’existence légitime de la forme démocratique sur un territoire donné reste constamment tributaire d’un cadre et d’une délibération qui offre pour chacun des membres de la communauté politique correspondant à ce territoire la possibilité constante d’un choix entre s’y inclure en y participant ou bien la refuser et s’en exclure, voire s’y opposer mais alors en s’exposant, le cas échéant, aux sanctions jugées légitimes par cette même Délibération continuée, légitime et légitimante. Cette possibilité, valable pour les individus, l’est aussi pour tout groupement susceptible de ce constituer autour d’un projet de dissidence. La Délibération constamment en charge l’évaluation du degrés acceptable de ces formes possibles de dissidence et quelles sanctions appliquer à ceux qui franchiraient cette limite de l’acceptable. L’idée de la désobéissance civile résulte de cette interrogation sur la limite de l’acceptable.
(7)La démocratie ne peut éviter de nourrir en son sein ceux qui en deviendront les ennemis les plus décidés, les plus intelligents et les plus redoutables? L’éducation à la démocratie est aussi une éducation progressive et réglé au droit que chacun possède de la refuser et de s’en exclure tout en étant légitimement informé des risques encourus à s’en déclarer l’ennemi et à agir, ouvertement ou non, dans ce sens… Cette éducation est, dans le même mouvement, une éducation réglée et progressive à la Délibération continuée, légitime et légitimante. En régime despotique ou totalitaire l’éducation s’apparente plus à une sorte de dressage puisqu’il s’agit d’un basée sur la craint et ayant la soumission comme objectif, exclut toute Délibération au profit d’un système de coercitions et de manipulations basé sur la crainte et visant à une intériorisation de la norme imposée considérée comme seule légitime.

(8)Il est possible que ceux qui participent légitimement à la Délibération continuée légitime et légitimante puissent bénéficier d’un temps de parole équitablement réparti mais il est impossible de leur assurer que, dans le même temps, ils seront véritablement entendus et surtout compris!
(9)A mesure que la forme démocratique d’un régime politique se transforme en se corrompant, tendant vers la forme despotique, ceux qui parviennent à accaparer une part grandissante du pouvoir développent de plus en plus ouvertement une propagande tendant à justifier l’accaparement du pouvoir tout en masquant leurs nouveaux privilèges. L’efficacité de cette propagande grandit avec l’accroissement des moyens techniques systématiquement employés pour en étendre la diffusion à l’ensemble du corps social et ceci au détriment de toute autre information ou discours…
(10)La science confronte de manière systématique et par le moyen d’hypothèses choisies ses modèles théoriques avec des observations systématiquement obtenues dans le cadre d’expériences renouvelables et transmissibles. Ce faisant, elle poursuit inlassablement son chemin en quête de vérités nouvelles, toujours partielles et toujours relatives à l’état d’une science constamment maintenue dans la perspective d’un Horizon commun d’Universalité concrète et partagée. Cette quête sans fin de vérités scientifiquement valides, cette méthode systématiquement employée et les résultats même qu’elle obtient constituent une référence et un modèle indispensable pour permettre à la Délibération continuée, légitime et légitimante, de réfléchir ses propres principes et procédures tout comme les objectifs envisageables dans la même perspective d’un Horizon commun d’Universalité concrète et partagée…
(11)La diversité des langues dites naturelles constituerait un défi insurmontable pour la Délibération si chacun se voyait accordé le droit de s’exprimer dans la langue de son choix, usant alors de toutes les particularités ou nuances propres à cette même langue! Cette diversité est déjà un défi dans la mesure où chaque Délibération particulière liée à un État particulier et à la langue naturelle qui lui est en général associée tend à s’ouvrir à d’autres Délibérations particulières propres à d’autres États et à leurs langues naturelles respectives et ceci à travers des accords ou des traités devant être rédigés et ratifiés. Un tel défi ne peut être relevé avec quelque chance de succès qu’en reconnaissant la tâche de la traduction non seulement en tant que moyen rendant possible le passage d’une langue à l’autre mais encore et surtout en tant que ressource commun riche de toujours nouvelles perspectives dans l’Horizon d’Universalité commune et partagée de l’ensemble des Délibérations particulières, légitimes et légitimantes…
(12)En Démocratie la constante possibilité qu’un courant se constitue en faveur d’une contestation plus ou moins explicite et radicale de cette même Démocratie est l’un des défis constants auquel doit répondre l’exercice de la Délibération continuée, légitime et légitimante. Lorsqu’une telle menace se précise, devient un réel danger, il peut arriver qu’un homme ou un groupe d’hommes prétendent le combattre au moyen d’une suspension provisoire de cette même démocratie. Le risque est alors que ceux qui prétendent, par ce moyen paradoxal, défendre la démocratie puissent se transformer en agents de son renversement. Si une telle situation se présente il est alors indispensable de s’assurer qu’un tel homme ou groupe d’hommes aux allures providentielles restera bien et jusqu’au bout fidèle à son engagement initial en faveur de la Démocratie.
(13)L’égalité de chaque citoyen relativement au droit de participer le plus librement possible à la Délibération Continuée est le fondement de la Démocratique. Cette égalité doit assurer à chaque citoyen la possibilité d’une participation effective aussi libre que possible au choix des objectifs communs à atteindre ainsi qu’à celui des moyens jugés les meilleurs pour y parvenir.
(14)La laïcité de l’État est bien cette Case vide mais réglée permettant à toutes sortes de croyances ou de convictions, des plus vénérables aux plus farfelues, des plus argumentées aux plus arbitraires, de s’exprimer dans la sphère privée ou publique, ainsi encore qu’à la possibilité de mettre en doute ou de critiquer ouvertement et dans le respect de chacun ces mêmes croyances ou convictions. La laïcité politiquement instituée et défendue doit donc permettre à chaque citoyen de cohabiter pacifiquement avec l’ensemble des autres tout en bénéficiant, que ce soit dans l’espace privé ou publique, d’une liberté d’expression équitablement réglée et aussi large que possible…
(15)La forme de la Démocratie politique est susceptible d’être appliquée et mise en œuvre par des communautés particulières coexistant les unes avec les autres à un moment donné et sur des territoires respectifs déterminés. Dans chacune de ces communautés la Délibération s’établit alors dans la perspective et dans l’horizon d’un bien commun à reconnaître et à défendre particulier à chacune d’entre elles. L’élargissement de la délibération à plusieurs de ces communautés n’est donc possible que par une mise en commun progressive de leurs perspectives et de leurs Horizons particuliers respectifs. Un Horizon d’Universalité concrète et partagée constituera alors le terme ultime et idéal d’un tel processus d’élargissement. C’est alors l’Horizon d’Universalité concrète tel que la science le reconnaît et le met en œuvre dans sa perspective propre qui peut constituer un modèle privilégié pour tel un projet politique d’élargissement de la Délibération. Les enjeux climatiques sont un bon exemple de cette nécessaire intégration des Horizons particuliers dans un Horizon commun et partagé, la science fournissant alors non seulement un modèle théorique et pratique idéal à cet élargissement de la Délibération mais encore, à travers ses résultats provisoires, des éléments concrets et fiables pour la confrontation des arguments dans le cadre de cette même Délibération élargie.
(16)Une atrophie méthodiquement provoquée et entretenue du sentiment naturel de la pitié ou de l’élan compassionnel étroitement associée au développement d’une haine systématiquement orientée vers des ennemis clairement désignés et stigmatisés est un ressort indispensable et puissant utilisé par tout pouvoir despotique pour rassembler, unifier et mobiliser le peuple autour d’une cause prétendue vitale et qui n’est, en fait, qu’un leurre servant à dissimuler sa propre mise en œuvre d’une volonté de domination et d’asservissement systématique de ce même peuple!
(17)A la notable différence d’une foule qui resterait livrée aux incessantes et chaotiques interactions de ses éléments l’essentiel, pour la Démocratie comme pour la Délibération légitime et légitimante qui l’accompagne et qui la fonde, est bien que chacun des éléments de cette même foule puisse s’y exprimer le plus librement et le plus équitablement possible c’est-à-dire dans les limites du cadre formel nécessaire au respect des droits et des devoirs réciproques et partagés de chacun. C’est par la médiation d’un tel cadre nécessaire à la Délibération que chacun pourra être effectivement en mesure de s’exprimer en toute équité, réagissant le plus librement possible à l’expression de chacun des autres…En l’absence d’un tel cadre la foule verra probablement émerger une compétition et un affrontement entre des individus plus forts, ou plus déterminés et avides de pouvoir. Une lutte violente peux alors se poursuivre jusqu’à la victoire de celui qui établira alors et pour une durée indéterminée sa domination sur l’ensemble des autres.
(18)Au-delà des divergences que la diversité foisonnante des intérêts de chacun ne peut manquer de susciter l’objectif premier que la Délibération continuée, légitime et légitimante ne devrait jamais perdre de vue est bien de se constituer et de se maintenir elle-même comme un bien commun à défendre et à consolider, à partager et à enrichir dans la Seule perspective d’un même Horizon d’universalité concrète et partagée.
(19)La validation, par la Délibération légitime et légitimante, d’un projet commun comme des moyens nécessaires à sa réalisation scelle une volonté commune à laquelle revient la responsabilité de cette même réalisation. Cette volonté se concrétise alors grâce à la mise en œuvre d’un pouvoir institué, reconnu comme légitime et dont la puissance, réglé dans l’espace et le temps, restera sous le contrôle de cette même Délibération.
(20)Le cadre nécessaire au maintient d’un débat argumenté aussi libre et respectueux que possible entre les acteur de la Démocratie politique ne contiendrait il pas, pour tout candidat au despotisme, une irrésistible tentation, voire une opportunité? Pour se développer en effet le despotisme n’hésitera pas à utiliser tous les moyens offerts par la démocratie, développant d’abord à bas bruit puis plus ostensiblement une stratégie et une propagande visant à provoquer à plus ou moins long terme l’abolition ou le renversement de cette même Démocratie.

(21)L’Horizon d’Universalité concrète qui, sur le plan théorique, guide le discours de la science et oriente sa quête de la Vérité est l’une des dimensions essentielles de l’Horizon partagé permettant à la Délibération continuée de s’unifier et de se maintenir, de se renouveler et de s’enrichir autour d’objectifs communs, désirables et légitimes. Ce mouvement délibératif propre à la Démocratie est naturellement amené à se poursuivre d’une génération à l’autre, toujours à nouveau tributaire d’un pari sur la possibilité d’un accord constamment révisable concernant la valeur des multiples enjeux ou objectifs qu’il s’agit d’examiner. Parmi ces valeurs celle de la Vérité, prise alors dans son rapport avec celle de la justice, occupe une place centrale et c’est justement la science qui, constamment, réassure le fondement objectif de cette même valeur de vérité…
(22)Il est assurément bon et probablement salutaire de se rappeler de temps à autre que la démocratie, qui n’a pas été inventée pour nous rendre immortels, pourrait néanmoins nous aider à nous rendre supportable, sinon même excitante, la perspective annoncée d’une inéluctable et irréversible et commune Dispersion!
(23)Relativement à l’espèce humaine les autres espèces vivantes, animales ou végétales, peuvent être vues soit comme des concurrentes et même parfois des ennemis potentiels ou bien, au contraire, considérées comme des alliés voire de véritables amis! Dans la plupart des cas, et même lorsqu’elles représentent un danger potentiel, ces espèces sont, en outre, une inestimable ressource pour la curiosité, le développement du savoir et l’émerveillement. La Délibération portant nécessairement sur la juste place de l’Homme dans le milieu naturel dont il dépend et sur lequel il peut agir en bien ou en mal doit donc évaluer la place qu’il est légitime et souhaitable d’accorder à ces autres espèces pour, le cas échéant, la réduire sinon la supprimer ou bien, au contraire, l’étendre ou la favoriser dans le cadre d’une cohabitation qu’il nous appartient donc de réfléchir et de contrôler en la réglant.
(24)La reconnaissance et le partage de cet Horizon d’Universalité concrète rendant possible les avancées zigzagantes de la science doit permettre, non seulement de mieux concevoir, mettre en œuvre et renouveler les conditions d’une heureuse cohabitation entre les personnes d’une même communauté politique, mais encore d’ouvrir cette même communauté à l’ensemble ouvert des non-encore-nés…
(25)En tant que cause formelle et efficiente de la Délibération continuée la virtualité du Contrat social ne cesse de rendre possible les innombrables discours constitutifs de cette Délibération tandis que la virtualité du Peuple, en tant que cause matérielle et finale de cette même Délibération, ne cesse d’y revendiquer pour des intérêts changeants et parfois contradictoires dont il faut, toujours à nouveau, tenter d’extraire un consensus ou de trouver le commun dénominateur!
(26)L’Horizon d’Universalité concrète qui rend possible la progression tout à la fois coordonnée et zigzagante des différentes sciences permet à chaque délibération particulière à chaque communauté politique particulière d’élargir sa perspective jusqu’à l’universalité d’un Bien commun susceptible d’être reconnu et partagé par l’ensemble de ces différentes délibérations particulières ainsi que des différentes institutions de pouvoir et d’exécution qui leur correspondent.
(27)La délibération continuée, légitime et légitimante, dans le moment même où la communauté politique qui lui correspond s’ouvre à l’accueil et à l’intégration d’une diversité de nouvelles personnes s’ouvre par là même à l’élargissement, à l’approfondissement et au renouvellement de ses propres ressources… La nécessité pour chaque communauté politique dépendant d’une Délibération continuée de se doter d’une langue naturelle officielle, en général rendue légitime par l’histoire, n’implique donc pas une mise à l’écart systématique ou une censure des autres langues naturelles dont peuvent être porteurs ces nouvelles personnes mais bien plutôt le devoir d’un accueil mesuré et réglé ainsi que le soutien des possibilités de toute traduction.
(28)Le cadre nécessaire au fonctionnement de la Délibération continuée, légitime et légitimante ne saurait être assuré par les seules matraques et les seuls fils de fer barbelés! Pour autant l’indispensable souplesse de ce cadre ne saurait être sollicitée au point d’en compromettre le fonctionnement libre et équitable: sa résistance devrait en effet se manifester d’abord sous forme de contraintes librement et équitablement discutées, adoptées et rendues effectives dans le cadre de cette même délibération…A titre d’exemple on peut penser à la nécessité, pour toute communauté politique démocratique, de décider d’un age légal légitime pour participer à la Délibération ou encore à celle d’une procédure légitime permettant à de nouvelles personnes, venues de l’extérieur, d’intégrer cette communauté en accédant à la Délibération.
(29)La logique du despote le pousse immanquablement à justifier par l’existence réelle ou supposée d’ennemis extérieurs ou intérieurs la domination qu’il exerce sur ceux dont il veut conserver la soumission et à faire de cette menace un inépuisable sujet de propagande. Sa logique logique le pousse ainsi à traquer jour et nuit au sein même du peuple sur lequel s’exerce sa domination tous les traîtres réels ou supposés immanquablement accusés d’être au service de ces mêmes ennemis intérieurs ou extérieurs. L’usage de la torture s’en suit immanquablement pour obtenir des aveux forcés qui renforceront la propagande en la justifiant.
(30)Les démocratie sont-elles, face aux menaces du despotisme ou du totalitarisme, comme ces gazelles exposées aux appétits et à la férocité du lion? Ce qui est sûr c’est que, face à n’importe quel adversaire même particulièrement belliqueux, la démocratie peut mobiliser rapidement un potentiel de forces diversifiées et relativement indépendantes les unes par rapport aux autres, contrairement au despotisme ou au totalitarisme qui ne s’appuieront jamais que sur la soumission craintive d’une force brutale dénuée d’initiative propre. Mais ce qui est également sûr c’est que, pour la démocratie, ce potentiel de diversification et d’autonomisation comporte le risque d’une incohérence des décisions prises, d’un atermoiement préjudiciable et d’un désordre de leur mise en œuvre. L’invention d’un système de coordination et de rétroaction efficace des décisions et des mises en œuvre est donc nécessaire à la démocratie pour maintenir la possibilité d’un avantage résultant de sa nature propre.
(31)En Démocratie la contrainte réglée exercée par le pouvoir au moyen des institutions de l’État n’est en elle-même légitime qu’en se montrant à tout moment conforme aux exigences d’un intérêt général et d’un Bien commun constamment reconnus et réévalués par la Délibération continuée. Parmi ces contraintes ou exigences sont donc précisément déterminantes celles qui auront été considérées comme nécessaires et légitimes pour maintenir un fonctionnement tout à la fois juste, équitable et aussi libre que possible de cette même Délibération. Et parmi ces mêmes règles ou contraintes tout particulièrement celles qui précisent l’ensemble de ceux qui seront autorisés à participer à cette même Délibération ainsi qu’aux prises de décision communes qu’une telle Délibération rend possible.
(32)Qu’est-ce que la Délibération continuée, légitime et légitimante sinon ces interminables échanges et négociations ou confrontations indéfiniment tributaires de préférences ou d’orientations variables toutes tournées vers un Horizon supposé légitime et commun mais lui-même soumis aux variations de ces mêmes orientations ou préférences…
(33)En régime démocratique l’interminable Délibération indéfiniment consacrée à reconnaître tous les possibles de l’Horizon pour en sélectionner et en hiérarchiser les plus utiles ou les meilleurs et décider de leur mise en œuvre la plus juste et la plus équitable pour tous est bien, et ceci depuis le tout début d’une Histoire fertile en rebondissements de toutes sortes, la Seule et Unique perspective politique légitime à la hauteur de notre Commune, irréversible et au fond très excitante Solitude… En régime despotique le seul horizon possible envisagé par le pouvoir consiste d’abord dans le maintient et ensuite dans l’accroissement indéfini de lui-même et des moyens dont il dispose et ceci alors même qu’une propagande omniprésente et mensongère affirmerait systématiquement le contraire!
(34)La Démocratie est constamment menacée de l’intérieur par un Despotisme dont elle constitue précisément l’exact contraire. D’une part, en effet, les personnes représentatives à qui le pouvoir est provisoirement confié au nom de la délibération et qui, de ce fait, ont la charge d’en réaliser les décisions ou orientations reconnues comme légitimes peuvent, le plus souvent en se dissimulant, abuser de ce même pouvoir, allant parfois jusqu’à préparer en secret sa confiscation. D’autre part et plus généralement chaque citoyen peut, individuellement ou au sein d’un groupe, et souvent au nom d’une liberté présentée comme inaliénable, originaire et naturelle, s’opposer en passant outre aux décisions de cette Délibération et briser le cadre nécessaire à son exercice et à sa légitimité. A tout cela on peut ajouter, mais peut-être aurait-il fallu commencer par là, que les prémisses de ce même despotisme peuvent aisément se manifester jusque dans les détails de la vie quotidienne par un autoritarisme ou un arbitraire discrètement imposé aux autres.
(35)Une éducation à la démocratie délibérative ne saurait-être qu’une préparation à la pratique de ces constants aller-retours intellectuels entre une représentations si possible partagée de l’intérêt général et du Bien commun et la mise en relation d’une multitude d’orientations ou de visées particulières, qualitatives et changeantes, à laquelle chacun participe en y reconnaissant sa propre place et en s’efforçant d’aller vers un accord ou une complémentarité avec celles des autres.
(36)Les lois morales ou politiques et les règles qui peuvent en découler ne sont véritablement sérieuses dans la mesure où c’est la question de la souffrance et de la mort qui est en jeu. Des règles en effet peuvent également être conçues comme des artifices permettant de prendre plaisir à la présentation de cette question transformée en un jeu de fictions, d’images ou de rituels privés ou collectifs. La limite de validité de ces règles et du jeu qui en découle intervient nécessairement là où l’enjeu réel de la vie face à la possibilité de la souffrance et de la mort reprend ses droits.
(37)La vérité dont le despote prétend détenir l’exclusivité n’engendrera jamais qu’une nuit allant s’épaississant et où il se plaît à s’enfermer et avec lui tous ceux qu’il a réussi à séduire, à dominer ou à contrôler…En démocratie la vérité conçue comme universelle, est d’abord un idéal dont la science fournit un modèle et dont découle un enjeu pratique toujours à nouveau discuté et replacé au centre de la Délibération continuée, légitime et légitimante…
(38)En régime despotique il faut constamment se méfier de fonctionnaires zélés et serviles à la solde d’un pouvoir arbitraire, imprévisible et capricieux. En régime démocratique le risque pourrait bien venir de ces fonctionnaires qu’endort une routine confortable, anesthésiante et qui ouvre la porte à toutes sortes de manquements, négligences et autres laisser-faire aussi sournois qu’insidieux…
(39)La tentation de la délation ou de la dénonciation, qui peut s’avérer très contagieuse, sera toujours un des outils favoris du despotisme qui l’utilise pour contrôler et manipuler le ressentiment ou la colère de ceux dont il il ne peut pas ne pas craindre qu’ils puissent un jour se retourner victorieusement contre lui. Cette tentation est d’autant plus facile à manipuler que nombreux sont ceux qui croient pouvoir ainsi dévier le malheur qu’ils redoutent pour eux-mêmes en s’efforçant qu’il s’abatte sur un voisin ou même un proche… En démocratie cette tentation n’existe pas moins mais elle est, en principe, contrôlée par la loi et sanctionnée comme, par exemple, lorsqu’il s’agit de discrimination ou d’injure, de diffamation ou de dénonciation calomnieuse…
(40)En régime despotique la tendance à la radicalité est constamment attisée et manipulée par le pouvoir dans le cadre d’une propagande qui n’a d’autre but qu’un accroissement de sa propre puissance. En régime démocratique, et pour autant que celui-ci maintient son propre cadre, cette même tendance à la radicalité est amenée à se répartir en différentes tendances ou orientations, à se diversifier et à se fragmenter pour finir par s’épanouir jusque dans les moindres recoins de la Délibération continuée, légitime et légitimante…
(41)Le principe, certes d’abord formel et juridique de l’égalité des êtres humains entre eux, en droits et en devoirs, fondement de la démocratie et de la Délibération qui l’anime en la légitimant n’est donc pas seulement un droit à faire valoir par chacun vis à vis de chacun mais également un devoir, réciproque et partagé, de tout faire pour se maintenir digne d’un tel droit!

(42)L’idée d’une Vérité Universelle, mathématiquement informée, que l’on pourrait approcher en la construisant et partager en l’objectivant au moyen de procédures réglées constitue tout à la fois l’Horizon et l’un des principaux fondements d’Une Science de la Nature qui, toujours à nouveau, relance vers cet Horizon sa progression méthodique, multiple et zigzagante. Cette même idée ou ce même idéal constitue alors pour la démocratie un Horizon et le modèle d’un partage et d’une réciprocité. Tandis que la science, dans ses différentes branches, progresse grâce à l’appropriation intellectuelle toujours partielle, approximative et révisable de cette Vérité la Démocratie politique, de son côté, y trouve un modèle pour une compréhension de son propre fondement et de sa propre finalité comme pour la mise en œuvre pratique et progressive des valeurs de justice et de liberté qu’elle lui associe. C’est de ce point de vue et dans ce cadre intellectuel que l’idée d’égalité constitue, pour la Démocratie, un principe fondamental et incontournable. Pour le despotisme ou pour toute forme de totalitarisme cet idéal d’une Vérité Universelle restera une source de méfiance et de crainte et la science qui en dépend ne vaudra jamais que pour permettre l’invention de techniques efficaces que ce même despotisme s’efforcera alors et par tous les moyens de mettre au service de ses décisions arbitraires et de ses intentions dominatrices.
(43)C’est au principe même de tout Despotisme que d’ignorer volontairement en les bafouant toutes formes de reconnaissance et de consentement, de dignité et de véritable compassion
(44)La séduisante fiction d’un despotisme qui serait éclairé et bienveillant ne sera jamais qu’une illusion ou un leurre dissimulant les réels fondements de tout despotisme. Par ailleurs et à l’opposé le défi permanent que constitue l’idée d’une délibération légitime, légitimante et constamment réactualisée reste l’Horizon impossible de tout idéal démocratique digne de ce nom
(45)Chacun peut et même doit, s’il soumet sa liberté naturelle à certaines contraintes jugées légitimes par la Délibération, se considérer lui-même comme membre à part entière du peuple c’est-à-dire de l’ensemble de ceux qu’on peut à bon droit appeler les citoyens. C’est ainsi qu’il peut et même doit prendre part à la Délibération, mettant ainsi pleinement en oeuvre sa liberté de citoyen. Un problème surgit alors lorsqu’un individu ou un groupe revendique, au nom de ce même peuple, le droit d’agir de son propre chef et sans posséder de mandat explicite pour le faire, mettant ainsi en cause la légitimité de la Délibération et des décisions qui en sont issues. C’est dans ce cadre que s’inscrit, en général, ce que l’on peut appeler la désobéissance civile. En principe, cette désobéissance, qu’elle soit individuelle ou organisée collectivement, agit malgré tout dans le respect des règles fondamentales qui régissent la Démocratie et la Délibération qui la fonde. Cette contestation civile de la Délibération se veut ainsi relative et provisoire, se considérant elle-même comme partie de cette Délibération. En général le but d’une telle désobéissance civile est de susciter une prise de conscience au sein même de la Délibération. Une telle désobéissance reste donc pacifique et se maintient autant qu’elle peut dans le cadre des fondements de la légitimité démocratique. C’est une toute autre affaire si un individu ou un groupe, à visage découvert ou clandestinement, s’exprime en dénonçant cette légitimité et agit ou appelle à agir en conséquence. Dans cette seconde hypothèse en effet la Délibération est alors fondée à reconnaître un tel individu ou un tel groupe comme un ennemi est à utiliser tous les moyens reconnus comme légitimes pour se défendre et en supprimer la menace. Le cadre démocratique de la Délibération doit donc être suffisamment souple pour d’une part, accueillir une contestation relative et, d’autre part, suffisamment solide et sûr pour empêcher que la contestation la plus radicale ne le détruise, laissant alors la place aux manifestations de la violence incontrôlée pouvant dégénérer en guerre civile et aboutir à la mise en place violente d’un pouvoir despotique. C’est donc aussi et peut-être même surtout dans la reconnaissance de ses véritables ennemis et de ce qu’elle doit faire pour les contrer que la Délibération prend la mesure de sa propre légitimité.
(46)L’agitation populaire et l’effervescence de son expression, tout comme l’excitation que suscite la confrontation des idées et des orientations, manifestent bien la vivacité d’une liberté naturelle toujours à nouveau prête à rejaillir pour alimenter et vivifier cet indispensable courant d’énergie intellectuelle qui, d’un côté, anime la Délibération en en provoquant le continuel renouvellement et, de l’autre, ne cesse de mettre à l’épreuve voire de menacer la résistance du cadre nécessaire au fonctionnement légitime de cette même Délibération
(47)La laïcité de l’État, toujours à consolider ou à défendre, est bien cette indispensable case vide conçue et réglée pour accueillir et défendre, dans certaines limites reconnues comme légitimes, non seulement l’expression des plus surprenantes croyances ou convictions mais encore les critiques les plus radicales ou ironiques de ces mêmes convictions tout comme l’incrédulité métaphysique ou religieuse la plus radicale. Les limites fixées sont celles du respect des personne d’une part et, d’autre part, celles d’une censure politique dont la seule légitimité résulte dans la défense nécessaire des conditions d’existence et de fonctionnement de la Délibération continuée, légitime et légitimante. Le principe de la laïcité réside donc celui de la reconnaissance d’un droit naturel de chacun à la plus libre expression possible de ses propres convictions ou absence de conviction et toujours dans le respect du même droit pour les autres. Ce principe inclut la liberté pour chacun de pouvoir, lorsque les circonstances le permettent, enquêter et vérifier ou encore tester les supposées vérités constitutives de ces convictions ou absence de convictions et de rendre publiques les éventuels résultats de ces enquêtes ou de ces tests.

(48)La théorie fictive du complot, systématiquement utilisée par tout despote pour justifier la force, la violence ou la cruauté dont il use et abuse pour maintenir sa domination et souder ceux qu’il opprime en une masse compacte et dévouée est généralement entretenue et propagée, voire même accentuée, par ceux-là même qui subissent cette domination. En démocratie ce genre de théorie est le plus souvent imaginée et propagée par ceux qui ne détestent rien tant que de reconnaître qu’ils se sont trompés, auraient fait une faute ou bien encore se rendent compte de la faiblesse théorique d’un point de vue qui, dans le contexte de la Délibération, risque bien de rester minoritaire.
(49)L’indispensable reconnaissance, par tous ceux qui participent à la Délibération continuée , d’un Bien commun à partager n’a de sens que dans la perspective d’une non moins indispensable reconnaissance de la diversité des préférences sensibles, des gouts et des orientations affectives de chacun. Cette diversité sensible, affective ou esthétique crée, entretient et vivifie d’inévitables confrontations, tensions voire polémiques toutes également nécessaires à la dynamique intellectuelle et créatrice de cette même Délibération…
(50)La diversité des sciences, compte tenu de la diversité de leurs objets respectifs, progresse sur autant de chemins sinueux ou zigzagants et parfois même apparemment chaotiques mais tous orientés vers le même Horizon d’une Vérité concrète, Universelle et partagée. La rationalité et la continuité de cette progression est assurée grâce au processus qui relie constamment les hypothèses prometteuses déduites logiquement des modèles théoriques avec la mise en œuvre de protocoles expérimentaux permettant d’obtenir des observations reproductibles quantifiables et méthodiquement mises en oeuvre afin de confirmer ou d’infirmer ces mêmes hypothèses. Cette progression s’effectue dans le contexte ouvert d’un débat collectif fondé sur le principe d’une égalité des droits de chacun, expert ou non, à être informé pour tenter de comprendre et de discuter les modèles théoriques construits ainsi que les protocoles expérimentaux utilisés. De ce principe découle la nécessité d’une l’éducation scientifique dispensée à chacun ainsi que celle d’une vulgarisation de la science et de sa constante progression. C’est ainsi que, même sinueuse, zigzagante et parfois apparemment chaotique, la progression de la science vers cet Horizon d’une Vérité concrète, Universelle et partagée ne cesse de proposer à la Démocratie un modèle pour la mise en oeuvre de sa propre Délibération comme de la mise en oeuvre politique qui doit en découler.
(51)Le despotisme s’appuie généralement sur l’amour inconditionnel d’un chef auquel s’ajoute la détestation d’ennemis intérieur et extérieurs, cet amour et cette haine étant systématiquement soutenus et renforcés par une incessante et omniprésente propagande. La démocratie, de son côté, s’efforce d’établir, de maintenir voire de renforcer l’amour partagé d’un objet jugé désirable et considéré comme un Bien commun dont fait partie au premier chef la Délibération elle-même avec toutes les valeurs qu’elle implique comme, au premier chef, celles de justice et d’équité. Dans le même temps et en conséquence du caractère variable, relatif et différencié des interprétations possibles de ce Bien commun une sorte de défiance, voire d’animosité critique tend à se faire jour et à se propager à l’encontre de ce même Bien Commun. Il appartient donc au principe de la démocratie et à la la logique de la Délibération qui la fonde en la légitimant de permettre à ses propres ennemis de prendre un certain essor tout en se donnant le moyen de les contenir en les soumettant aux règles communes reconnues comme légitimes par cette même Délibération
(52)La possibilité d’une authentique intersubjectivité comme de l’interlocution qui l’accompagne en la vivifiant est tout à la fois le fondement et l’enjeu moral de la Démocratie et de la Délibération qui l’accompagne en la légitimant, la mise en oeuvre commune et partagée de cette même Délibération s’identifiant d’ailleurs toujours immédiatement à celle de cette même et indispensable intersubjectivité…
(53)La science et l’idéologie ont ceci en commun que l’une comme l’autre visent à la simplification. Quand la simplification de l’une passe par la reconnaissance d’une complexité qu’elle cherche d’abord à décrire, puis à expliquer en en la ramenant à ses éléments premiers pour l’intégrer dans une théorie unifiée celle de l’autre implique toujours un refus, une mise à l’écart ou un refoulement de l’idée même qu’une telle complexité puisse seulement exister. Il arrive que la science, dans son cours, verse dans l’idéologie; il n’arrive jamais à l’idéologie de se métamorphoser en science!
(54)En régime despotique tous sont égaux dans la soumission à la contrainte imposée à l’exception du despote lui-même et de ceux qu’il choisit et qui, acceptant de collaborer avec lui, croient pouvoir bénéficier d’un traitement de faveur. Ils n’en demeurent pas moins et à tout moment exposés à l’arbitraire du despote qu’ils servent. En démocratie, dans le cadre de l’égalité et de la réciprocité dess droits et de devoirs reconnus comme légitimes par la Délibération continuée chacun est en principe libre d’œuvrer à sa propre émancipation tout en contribuant à celle des autres. Cette possible émancipation, qui n’est jamais ni donnée ni définitivement achevée, n’est cependant jamais saisie ni de la même façon ou avec le même sens, ni avec le même enthousiasme ou la même détermination par chacun. Il appartient donc à la Démocratie et à la Délibération qui la fonde en la réalisant d’en déterminer le cadre commun reconnu comme nécessaire et légitime. Par ailleurs tous ne rencontreront pas les mêmes obstacles ni ne bénéficieront à égalité parfaite des chances qu’une imprévisible, Généreuse et très inconséquente Contingence ne cessera de leur prodiguer.
(55)En régime démocratique et moyennant le respect de certaines limites rendues légitimes par la Délibération continuée chacun est libre d’exprimer publiquement son propre jugement, en principe sur n’importe quel sujet, d’en changer à tout moment! En régime despotique par contre il est indispensable de savoir d’abord distinguer entre les rares choses sur lesquelles on reste libre de donner son avis et celles, beaucoup plus nombreuses, sur lesquelles il est indispensable de connaître la doctrine officielle et le sens de la propagande en cours pour s’y conformer et cela même quand il s’agit de se confier à sa famille ou à son plus proche entourage.
(56)La Délibération continuée, légitime et légitimante ne peut maintenir son fonctionnement qu’’appuyée sur un cadre formel mis en oeuvre par la Volonté politique commune issue de cette même Délibération. Chacun des membres de la communauté politique concernée, participant de droit à la Délibération, doit donc rester attentif à ce que cette Délibération reste, au bout du compte et dans les décisions prises, au service du Bien commun et de l’intérêt général. Chacun demeure alors et à tout moment libre de choisir ce cadre en continuant de s’y soumettre à égalité de droits et de devoirs avec les autres ou bien, au contraire, de s’y opposer, d’en contester la légitimité, tout en prenant aussitôt le risque de subir les sanctions reconnues et prévues par cette même Délibération.
(57)Tandis qu’un gouvernement despotique ne peut pas ne pas tenir chaque démocraties comme un ennemi bien réel notamment par le risque constant d’une diffusion en son sein des idées et des valeurs communes à l’ensemble de ces démocraties, celles-ci, de leur côté, ne peuvent éviter de tenir constamment chaque régime despotique ou totalitaire comme un ennemi non moins réel et d’abord en raison de cette insatiable volonté de puissance et de domination qui, non sans un usage constant de la ruse ou de la tromperie, constituera toujours et jusqu’au bout le véritable principe, le véritable fondement, le véritable moteur de tels régimes.
(58)Il assurément plus facile au despotisme qu’à la démocratie d’approcher la pureté d’une forme car il est assurément bien plus simple d’imposer par la force les choix ou les caprices d’Un seul qu’à la Délibération d’arbitrer raisonnablement et équitablement entre les préférences différenciées, variées et parfois contradictoires de chacun de ses membres. La reconnaissance libre et partagée du Bien commun et de l’intérêt général qui en découle nécessite une constante réactualisation des décisions prises et un non moins constant réajustement de la volonté commune qui doit en assurer la mise en oeuvre.
(59)Dans le contexte du Despotisme une délibération relative ou partielle peut être tolérée et même encouragée dans le seul but de la détourner au seul profit de ce même despotisme et de la propagande justificatrice sur laquelle il ne cesse de s’appuyer. Dans le Cadre d’une Démocratie et de la Délibération continue, commune et partagée qui la légitime une tendance favorable au despotisme est toujours susceptible de couver puis d’émerger d’abord discrètement pour finir par éclater au grand jour et tenter de s’imposer en défiant par la force le Cadre même de cette Délibération et de la Démocratie dont elle est le fondement
(60)Le principe philosophique et moral de l’égalité en droits et en devoirs des personnes entre elles et les unes par rapport aux autres, véritable fondement de la démocratie et de la Délibération qui l’anime en la légitimant n’est pas seulement un ensemble de droits et de devoirs à faire valoir ou à honorer par chacun relativement à chacun mais aussi et pour chacun un droit et un devoir vis-à-vis de soi-même de tout faire pour se maintenir à la hauteur intellectuelle et morale d’un tel enjeu!
(61)Les démocraties peuvent bien rivaliser entre elles du point de vue de leurs puissances respectives elles n’en doivent pas moins se considérer plutôt comme des alliées, d’abord et avant tout pour défendre, face aux régimes despotiques ou totalitaires, les principes et les idéaux qu’elles ont en commun, qui les fondent et qui sont à la source de leur dynamisme et de leur capacité de renouvellement. Les régimes despotiques de leur côté, indépendamment de possibles alliances dictées par des circonstances toujours changeantes, ne peuvent se considérer entre eux que comme des ennemis potentiels. La principale raison en est qu’ils ont chacun pour principe la même volonté d’accroître indéfiniment et au détriment des autres leurs capacités de domination et d’asservissement respectives
(62)Le despotisme, vue de l’intérieur, n’est désirable que par ceux dont la propagande a annihilé toute véritable capacité de réflexion personnelle ou bien par ceux qui, s’étant compromis avec le régime et la répression qu’il exerce pour se maintenir, s’imaginent pouvoir bénéficier indéfiniment de cette compromission tout en restant à l’abri de cette même répression. De l’extérieur il n’est désirable que par ceux qui, soit sont atteints et séduit par la propagande, soit finissent par croire qu’ils pourraient eux-mêmes profiter de cette domination en y participant. Ils sont alors prêts à la soutenir et à lui prêter main forte, d’abord en secret puis plus ostensiblement et par la violence déclarée.
(63)L’horizon d’une Vérité idéale que l’on pourrait indéfiniment approcher au moyen d’une connaissance obtenue grâce à des procédures méthodiquement réglées, objectivables et transmissibles constitue l’un des principaux fondements d’une Science de la Nature qui, toujours à nouveau, relance elle-même sa progression diverse et zigzagante. Et c’est ainsi que la science, dans ses différents domaines, progresse grâce à l’appropriation toujours partielle, approximative et révisable de cette Connaissance la démocratie, de son côté, y trouve un repère essentiel pour une compréhension de sa propre progression et de sa propre finalité. Cette finalité, en effet, procède d’une association étroite des valeurs de liberté, de Vérité et de Justice. Tout au contraire, pour le despotisme et toute forme de totalitarisme, cet idéal de liberté, de justice et de Vérité se présente comme une menace et la progression des sciences qui s’y trouve associée ne vaudra jamais que pour les inventions techniques qui peuvent en découler et que ce despotisme s’efforcera toujours de capter pour les mettre au service de ses intentions totalitaires et dominatrices.
(64)L’ordre despotique et totalitaire, Seul, pour ignorer, écarter ou bafouer toute forme de consentement
(65)Certains, habités par le doute ou l’incertitude se tournent vers la philosophie pour y trouver l’Horizon et d’un questionnement toujours renouvelé et le cadre pour tenter d’en relever le défi tandis que d’autres, poussés par l’impérieuse nécessité de s’affirmer ou de se faire valoir par des affirmations péremptoires, pourront toujours y trouver le soutien de thèses, principes ou même dogmes qu’ils s’approprieront pour en devenir les porte-paroles infatigables ou les propagandistes zélés.
(66)En démocratie et dans les limites d’un cadre rendu légitime par la Délibération continuée chacun est libre de se prendre pour un nouveau Robin des Bois, le revendiquant même haut et fort et en place publique! En dictature ou dans n’importe quel système totalitaire ou despotique chacun doit impérativement se faire l’écho servile de la Voix du Maître ou tout du moins faire semblant de l’incarner en donnant constamment le change à l’ensemble des autres et surtout à ses proches quand ce n’est pas à soi-même!
(67)La logique du despotisme lui impose de toujours tout mettre en œuvre pour persévérer dans l’accroissement de sa propre puissance. Le maquillage de la vérité la plus factuelle et la plus ordinaire associée à la manipulation des esprits constituant un élément décisif de cette stratégie de domination et de puissance. Il en va tout autrement pour la Démocratie et la Délibération qui l’accompagne en la légitimant. Le principe qui l’oppose radicalement à toute forme de despotisme est en effet un triple idéal de justice, d’égalité et de vérité, idéal qui l’anime et l’oriente en lui donnant son fondement. La vérité est ainsi tout à la fois une valeur fondatrice essentielle, un idéal vers lequel tendre et une condition pratique nécessaire pour mettre en oeuvre les idéaux associés de justice et d’égalité. Il en résulte donc que, pour toute Démocratie revendiquée, tout soit mis en œuvre pour favoriser la recherche de la vérité en l’accompagnant du déploiement des procédures nécessaire à l’examen critique de tout ce qui prétend à ce titre. Un usage stratégique et contrôlé du mensonge, de la ruse ou de la dissimulation ne pourra qu’exceptionnellement être tenu pour légitime, et toujours très provisoirement et sous le contrôle de la Délibération continuée…

(68)L’exercice réglé le plus librement possible et partagé le plus équitablement possible d’une authentique intersubjectivité reste, pour toute véritable Délibération, tout à la fois le socle d’une première et insaisissable fondation et l’horizon toujours repoussé d’une indispensable Terre Promise…
(69)C’est rarement l’effet d’une bonne stratégie de se précipiter pour déclarer la guerre mais cela en est toujours un de s’y préparer avec un maximum de discrétion et d’efficacité!
(70)Un échange aussi libre que possible d’idées et d’informations ainsi que le soutien et la diffusion des débats qui peuvent s’en suivre sont essentiels au dynamisme de la Démocratie et de la Délibération qui l’accompagne en la légitimant. Cependant, une partie de ces informations et de ces idées y circulant également sous forme de marchandises, livres ou tout autre support approprié, il revient à cette même Démocratie d’assurer un maximum de diversité dans la production de ces marchandises culturelles essentiels ainsi qu’un maximum de justice et d’équité pour assurer leur accessibilité auprès du public. En régime despotique l’expression, la production et la diffusion des informations ou des idées, sous quelque forme que ce soit, est systématiquement soumise à l’exercice d’une censure entièrement dévouée aux exigences d’une omniprésente et assourdissante propagande
(71)Le despote est moins qu’aucun autre prêt à rire de lui-même et il est assuré que l’humour lui restera jusqu’au bout totalement étranger! De telle sorte que tout ce qui fait rire ou vise à faire rire du despote ou de son système répressif est impitoyablement réprimé. Face à un tel système réussir à en faire rire par tout moyen susceptible d’être mis en circulation tels la farce ou la comédie, la caricature ou la parodie constitue déjà un coup porté, une façon de l’affaiblir, une préparation même discrète à son renversement!
(72)Le terrorisme politique est une technique consistant à utiliser la violence la plus extrême pour provoquer une peur et une panique destinées à désorganiser, à affaiblir et finalement à détruire un État ou une Puissance considérée comme ennemie. Selon la logique de ce terrorisme les victimes de cette violence ne sont que des choses ou des outils, des instruments délibérément et cyniquement utilisés et sacrifiés. Un tel terrorisme est bien un élément constitutif essentiel du fonctionnement du despotisme puisque la peur, tant à l’extérieur qu’à l’intérieur du territoire qu’il contrôle en est un des principaux ressorts. Du côté du régime Démocratique le terrorisme est à l’évidence écarté et condamné puisque, selon les principes de ce régime, nul citoyen ou citoyen potentiel ne peut y être utilisé ou instrumentalisé voire sacrifié comme une simple chose ou un simple moyen. L’usage politique de la violence par cette même Démocratie implique donc de la déclarer et de la justifier en la soumettant à une stricte régulation et ceci même lorsqu’il s’agit de la diriger contre ceux qui terrorisent ou menacent de terroriser cette même Démocratie. Cette mise en oeuvre réglée et contrôlée d’une violence politique considérée comme légitime au nom de la Démocratie et de la Délibération qui la fonde n’excluant pas le recours stratégique à la ruse vis-à-vis d’un adversaire déclaré et reconnu comme tel de cette même démocratie.
(73)Ce que nous appelons l’Europe, au sens culturel et politique, est un puzzle ou une mosaïque constitués par un rassemblement de nations aux frontières parfois récentes et de régions dont la répartition, elle-même complexe, ne se superpose pas exactement avec celle de ces mêmes Nations. L’identité en mouvement de ces différentes Nations comme des régions qui leurs sont associées repose sur une rencontre jamais achevée entre un cadre géographique fortement différencié et l’histoire politique et culturelle plurielle qui continue de s’y dérouler. L’ensemble des éléments constitutifs de ce double puzzle ou cette double mosaïque ne réalisera jamais qu’imparfaitement l’unité d’un peuple rassemblé autour d’un idéal politique et démocratique commun. Il importe donc que soit constamment repris et réaffirmé le processus rendant légitime le cadre politico-juridique permettant à ces différentes Nations et à ces différentes régions de poursuivre une Délibération commune et ceci toujours dans le respect des différentes langues reconnues légitimes pour elles-mêmes par chacune de ces mêmes différentes Nations ou régions…
(74)Les différentes théories du complot, des plus farfelues ou délirantes aux mieux étayées ne présentent-elles pas, considérées dans leur ensemble, comme une image inversée, désacralisée et fragmentée de l’ancienne croyance en une Toute-puissance divine, Providentielle et bienveillante? Et n’est-ce pas cette ancienne croyance et disposition d’esprit que tout despotisme exploite en développant une propagande dénonçant sans relâche toutes sortes d’ennemis réels ou imaginaires?
(75)La formulation de chacune des règles qui, se fondant sur un triple principe de liberté, de vérité et de justice, assurent le cadre nécessaire au fonctionnement légitime de la Démocratie comme de la Délibération qui la fonde ne saurait demeurer indéfiniment identique à elle-même. Telle formulation correspondant à telle règle paraissant servir un tel principe à tel ou tel moment et dans telle ou telle circonstance ne le paraîtra bientôt plus ou plus suffisamment. Dans certains cas seule la formulation est à changer, dans d’autres c’est la règle elle-même qui paraitra ne plus correspondre à l’idéal qu’elle prétend servir. Certaines règles devront être supprimées car devenues obsolètes, d’autres formulées différemment voire modifiées, d’autres enfin devront être inventées et tout ceci chaque fois en fonction d’un idéal apparemment stable mais toujours susceptible d’applications dans un contexte en constante évolution ou transformation.
(76)Chaque Démocratie particulière, établie et reconnue sur un territoire propre et pour une population donnée, se doit d’avoir une langue officielle grâce à laquelle sont énoncés les discours publics, tant ceux qui correspondent à la Délibération que ceux qui correspondent à la mise en oeuvre, par les instruments d’un pouvoir lui-même légitimé, des décisions prises par cette Délibération. Cette langue, souvent langue majoritaire au sein de la population, occupe donc une place légitimement dominante au sein du système d’éducation qui, publiquement, transmet les éléments de culture communs, propres à cette Démocratie et nécessaires à son fonctionnement. Cependant la position politiquement dominante d’une telle langue considérée comme langue officielle dans le cadre d’une démocratie particulière ne peut fonder sa légitimité que sur le respect des droits et des devoirs liés à chacune des autres langues présentes et concernées dans le cadre de cette Démocratie. Et parmi ces droits de langues qu’on peut considérer comme minoritaires il est nécessaire et légitime que soient pris en compte ceux qui concernent leur place éventuelle au sein de l’éducation publique
(77)Le despote ne respecte a priori aucune limite dans l’utilisation de la force la plus brutale, cette force faisant partie de son principe et de sa raison d’être et il lui est toujours possible de justifier cet usage par le moyen d’une propagande cynique, systématique et fallacieuse.Tandis que le despote manipule et falsifie les discours et les idées dans le contexte de sa propagande la démocratie, de son côté, tente de concevoir les limites de l’usage légitime de la force dont elle a besoin pour se défendre, défendre ses principes et la possibilité de leur mise en oeuvre. Cet usage d’une force de nature publique devra donc être connu et toujours accompagnée d’une possibilité de sa discussion critique dans le contexte de la Délibération continuée, légitime et légitimante. Ce n’est que dans le contexte d’une guerre déclarée contre un ennemi bien identifié que certaines informations pourront être tenues secrètes mais toujours provisoirement et dans certaines limites considérés comme légitimes et nécessaires .
(78)Les ennemis de la démocraties, ennemis intérieurs comme ennemis extérieurs, savent très bien en prendre le masque, parvenant à donner le change sur leurs intentions et tirant profit de cette situation. Ils savent aussi faire tomber ce masque dès qu’ils y voient un avantage! La démocratie, de son côté et conformément aux valeurs de liberté, de justice et de vérité qui la fondent, ne saurait s’autoriser à prendre le masque du despotisme qu’en se trouvant dès lors comme transformée et contaminée par ce même masque.
(79)Le despote n’a aucun mal à utiliser la force la plus brutale pour affirmer sa puissance, celle-ci faisant partie de son principe et de sa raison d’être. De son côté la démocratie, dont les idées de liberté, de justice et de vérité constituent le fondement tout autant que l’horizon idéal, répugne à l’utilisation de cette force et ne la met publiquement en oeuvre que dans les limites d’un cadre considéré comme nécessaire et légitime par la délibération. Tandis que le despote manipule le monde des idées pour donner une apparence de justification à l’usage arbitraire de la force la démocratie, de son côté et dans le cadre de la Délibération ne cesse d’interroger l’usage légitime de la seule force dont elle a besoin pour se défendre, défendre ses principes et tenter d’en réaliser l’idéal.

(80)Ce qu’on appelle Contrat Social se maintient d’abord et avant tout en chacun de nous comme virtualité intellectuelle de concevoir et d’accepter les principes de la Délibération continuée puis comme Volonté commune et partagée de leur mise en oeuvre à travers un cadre de règles instituées et reconnues comme légitimes par l’actualisation de cette même délibération. Les conditions de possibilité de ce Contrat résident donc en partie dans les conditions historiques et culturelles rendant possible le déploiement de cette virtualité intellectuelle comme de la volonté de son actualisation. De ce point de vue l’éducation de ceux qui auront un jour à choisir ou non cette Délibération et ce cadre, et à y participer ou non, constitue bien un enjeu politique essentiel pour la démocratie.
(81)Comment le peuple d’une Démocratie se constitue-t-il sinon par l’aspiration intellectuelle et morale de chacun à cette Démocratie et la Délibération continuée, légitime et légitimante? Ce peuple ne peut, ensuite, se maintenir et durer que par la mise en œuvre d’une volonté commune de maintenir les règles nécessaires au fonctionnement de cette Délibération, de les pérenniser en les instituant et de s’y soumettre en les faisant évoluer dans le respect des principes fondamentaux qui les sous-tendent
(82)Du point de vue de l’ordre imposée par n’importe quel système totalitaire ou despotique l’horizon du Grand Amour n’est autorisé que sous la forme dégradée, caricaturale ou grimaçante de l’amour du Chef. Dans le cadre d’une Démocratie et de la Délibération qui la fonde en la réalisant ce même Horizon ne s’envisage jamais mieux que dans la perspective que cette même Démocratie ne cesse d’ouvrir sur l’imprévisible de la rencontre
(83)La possibilité qu’un groupe tente de se constituer pour imposer son intérêt particulier au détriment de l’intérêt général est une possibilité constante de la Démocratie et même l’un de ses ressorts! C’est la Délibération continuée qui doit, en principe, permettre de trouver un moyen terme entre toutes les divergences, aboutissant ainsi à un accord majoritaire faisant consensus. Une clarification du Bien commun et de l’intérêt général doit en effet s’opérer à travers un ensemble de débats toujours menés le plus équitablement possible. Dans les régimes despotiques tout intérêt particulier est entièrement sous la dépendance de celui du pouvoir en place; on voit alors se constituer une caste de valets et de sbires qui, participant avec zèle à l’oppression exercée sur le reste de la population, bénéficient de certains avantages. Un pouvoir important peut être accordé à certains d’entre eux mais toujours provisoirement et l’ensemble de ces sbires ou valets reste constamment à la merci des caprices de celui qui exerce le pouvoir suprême.
(85)Le despote, perpétuellement sur le qui vive, pouvant toujours s’imaginer victime d’un prochain attentat, persuadé que sa fin est peut-être proche, ne risque-t-il pas de devenir tout à coup plus dangereux encore, irrésistiblement tenté de parachever par la destruction la plus totale et avant qu’il ne soit trop tard son entreprise de puissance morbide et de domination absolue?
(86)Pour la démocratie comme pour la délibération qui la fonde en la légitimant il apparaît bien que, dans le cadre d’un conflit, toute négociation avec l’ennemi permettant de repousser voire d’éviter le recours à la violence destructrice est déjà en elle-même un but et une valeur à intégrer dans le cadre de la stratégie globale. Pour tout régime despotique toute négociation avec l’ennemi n’est qu’un instrument utilisé de façon rusée et cynique pour servir la cause de sa propre puissance: un instrument que l’on peut abandonner à tout moment pour revenir brutalement à l’usage de la plus extrême violence.
(87)Un Horizon partagé et réciproque d’Universalité concrète devrait guider le cours de toute Délibération, lui permettant ainsi d’ouvrir d’innombrables perspectives pour, les croisant et les recroisant, tisser ensemble les inépuisables possibilités toujours à nouveau offertes par un tel horizon, les confrontant et les mesurant sans cesse aux circonstances changeantes de leurs éventuelles mises en oeuvre.
(88)Indépendamment de la crainte éprouvé par chacun d’être bientôt victime de la répression l’un des facteurs permettant d’expliquer l’efficacité de tout système despotique est la possibilité conjointe qu’il offre à chacun de se sentir enfin proche de ses voisins et comme semblable à eux, partie prenante d’une communauté soudée autour des mêmes idées représentées par la même propagande. Une communauté d’autant plus solidaire et soudée qu’elle partage le même ennemi à stigmatiser, à martyriser ou à dénoncer.
(89)Le modèle idéal du despotisme ne saurait parfaitement s’incarner. La forme despotique en effet ne se réalise qu’en s’éloignant de son modèle idéal, et ceci à mesure que le despote est obligé de s’appuyer sur des alliés, complices ou comparses pour s’assurer de son propre pouvoir. Le modèle d’une démocratie idéale ne saurait lui non plus s’incarner jamais parfaitement dans l’histoire. En se réalisant la forme démocratique ne peut en effet elle aussi que s’éloigner de son modèle idéal et ceci à mesure que le peuple Souverain, à travers la Délibération, est conduit à des faire des concessions ou des compromis, acceptant des orientations ou des décisions qui ne sont pas toujours exactement conformes au Bien commun et à l’intérêt général. Le conflit des intérêts particuliers joint à l’inévitable délégation des pouvoirs engendrent inévitablement un éloignement, certes relatif, relativement à ce Bien commun et à cet intérêt général. Le recul et l’éloignement par rapport à ces deux modèles opposés s’accentuant leurs réalisations respectives peuvent ainsi se rapprocher voire se rencontrer dans une zone d’ombre et d’anarchie où la violence liée aux conflits entre différents groupes pourrait alors s’étendre à l’ensemble de la société. Dans une telle situation chaotique l’avènement brutal d’un nouveau despotisme peu apparaître plus probable que la restauration d’une forme renouvelée de Démocratie.
(90)La Délibération continuée ne se maintient que grâce à un cadre de règles qui, lui-même, n’accède à la légitimité et ne se réalise qu’à travers sa reconnaissance par cette même Délibération. Par ailleurs la Souveraineté ne se réalise qu’à travers cette même Délibération, celle-ci lui donnant à chaque instant l’occasion de s’incarner en tant que peuple citoyen. La tâche première de cette Délibération continuée est donc bien de de reconnaître et d’assurer à tout moment le cadre nécessaire lui permettant de s’incarner et d’exister en tant que Délibération citoyenne et Souveraineté du peuple…
(91)En régime totalitaire ou despotique l’idéologie représentative du pouvoir est suffisamment affirmée pour être facilement identifiable: non seulement par tous ceux qui, à l’intérieur, y sont soumis sans pouvoir y échapper mais encore par tous ceux qui, de l’extérieur, peuvent observer le fonctionnement d’un tel régime. Il est à noter cependant qu’une telle idéologie, ne dépendant que de la volonté d’un Chef, peut à tout moment changer, varier en s’adapter aux circonstances ou aux caprices du Chef. En démocratie plusieurs tendances intellectuelles ou idéologiques peuvent, en vertu de la liberté de penser et de s’exprimer défendue par cette même Démocratie, coexister dans l’espace publique. Certaines tendances idéologiques plus ou moins ouvertement hostiles au régime peuvent donc se développer et il appartient alors au peuple Souverain, dans le cadre de la Délibération continuée, légitime et légitimante, d’en fixer les limites acceptables, ces limites résultant du nécessaire respect, par la démocratie, de ses propres principes et, à travers eux, du droit et du devoir dont elle dispose de se défendre contre ses ennemis extérieurs comme contre ses ennemis intérieurs.
(92)L’accès au pouvoir donne immédiatement accès à la possibilité de l’augmenter et parmi tous ces possibilités celle de contrôler l’information en est une des plus efficaces et des plus utilisées. En régime despotique ou dictatorial c’est la dissimulation, la déformations ou la manipulation de l’information qui, par le biais d’une censure associée à une propagande omniprésentes et systématiques sont au cœur de ce contrôle. En régime démocratique l’accès au pouvoir coïncide avec le droit et le devoir de favoriser un accès de chacun à un maximum d’informations fiables. Dans cette perspective ce sont les médias qui, quelles que soient leurs formes ou leurs natures, sont amenées à jouer un rôle majeur, mais toujours dans le respect des lois imposant de nécessaires et légitimes limites tant aux investigations pouvant conduire à ces informations qu’au soucis, lui-même légitime, de leur diffusion au plus grand nombre…
(93)L’Utopie relative à la délibération Continuée, légitime et légitimante pourrait bien être que chacun puisse s’y exprimer et y être écouté à tout moment et quel que soit le lieu d’où il s’exprime, toujours en toute équité et dans la langue de son choix! L’Utopie relative au despote est bien que celui-ci soit à même de contrôler à tout moment chacune des pensées, chacun des sentiments et chacune des émotions vécues par l’ensemble de ceux sur lesquels il entend exercer son pouvoir.
(94)La croyance en la possibilité qu’une personne au moins soit susceptible d’atteindre et de reconnaître une vérité sûre est un des fondements de tout régime politique humainement possible. En ce sens le relativisme radical ou absolu, le scepticisme généralisé et systématique, conceptions qui, chacune, nie la possibilité qu’une personne au moins puisse parvenir et de façon sûre à une vérité au moins peuvent donc apparaître comme représentatives de l’anarchisme politique intégral. En régime Despotique c’est, en principe, le despote qui s’attribue une capacité particulière pour atteindre et reconnaitre cette vérité ou celles qui lui sont associées, en s’arrogeant en outre le droit de la transmettre ou non. En démocratie chacun est non seulement capable, de par sa nature, d’atteindre à cette vérité ou à celles qui lui sont associées mais encore en droit d’attendre qu’on les lui transmette et en devoir de s’efforcer de les atteindre. Dans ce même contexte démocratique ce sont les sciences, dans la perspective d’objectivité qui les rassemble, fournissent un exemple et un modèle pour de telles vérités partageables.
(95)L’intérêt Général est bien cette part du Bien commun reconnue comme mesurable, calculable et susceptible d’être répartie le plus équitablement possible. Le Bien commun dans son ensemble comporte donc, outre cet intérêt Général mesurable et susceptible d’une répartition calculée, un ensemble d’éléments dont l’évaluation semble impossibles à effectuer de manière objectivement partageable car impliquant une part non négligeable de subjectivité. Ainsi en est-il, par exemple, de certains biens lié à la possibilité du loisir et notamment de tout bien dont l’évaluation intègre une dimension esthétique voire spirituelle. Un paysage en effet, que celui-ci soit purement naturel ou sauvage ou bien qu’il soit le résultat d’une activité humaine, et dont on voudrait protéger l’intégrité peut donc faire l’objet d’une négociation tenant la balance entre, d’une part, un élément subjectif impliquant une valeur de loisir ou de contemplation et, d’autre part, un aspect mesurable et calculable relevant de l’intérêt Général et pouvant concerner, par exemple, une exploitation possible et réglée de ce même paysage. De même toute architecture ou tout ensemble urbanistique ancien ou moderne peut faire l’objet d’une semblable négociation, notamment lorsqu’il s’agit d’envisager, soit sa restauration à l’identique, soit sa transformation, soit une pure et simple destruction en vue d’un complet renouvellement.
(96)En régime démocratique c’est dans l’émergence de sectes souvent grotesques, apparemment inoffensives mais parfois aussi morbides ou destructrices que les germes du despotisme et de la tendance à s’y soumettre trouvent une occasion de se manifester, associant la volonté d’un gourou vénéré, visionnaire et dominateur à une tendance partagée et même contagieuse à le suivre et à croire à ce qui mêle parfois les restes d’anciennes conceptions à des visions nouvelles souvent délirantes.
(97)Mais quel Amour constitue-t-il donc le ciment de ces totalitarismes ou de ces despotismes si terriblement menaçants et destructeurs? L’Amour du Chef ou du maître bien sûr! Amour de celui ou de celle auquel ou à laquelle on s’identifie dans l’espoir au fond très infantile d’en recevoir puissance et protection et ceci dans le même mouvement où, non sans quelque inavouable jouissance, on se soumet jusqu’à l’abaissement, renonçant aussitôt par là à toute possibilité ou perspective de choisir et de décider par soi-même…
(98)L’idée d’égalité et plus particulièrement celle d’égalité proportionnelle est au fondement même de notre conception de la justice, des droits humains ainsi que du cadre nécessaire à la Délibération continuée grâce à laquelle ces mêmes droits peuvent être reconnus comme légitimes, partagés et mis en œuvre . Cette idée d’égalité, abstraite, formelle et immédiatement rendue techniquement opératoire grâce au calcul mathématique ne risque-t-elle pas, cependant et ceci malgré les correctifs de l’équité, de se transformer peu à peu en un leurre ou en un piège ramenant les innombrables richesses et variations d’une sensibilité très concrètes et qualitativement différenciée à de simples inégalité mesurables et quantifiables qu’il s’agirait alors d’éliminer ou de corriger au plus vite?
(99)Dans un État fondé sur la Délibération continuée les personnes opposées à certaines décisions prises par cette même Délibération ou par ses représentants peuvent parfois et relativement à ces décisions, entrer en dissidence, en principe de façon non offensive, pour se faire entendre. Cet usage résistant et mesuré de la force, prenant alors le nom de désobéissance civile, peut donc tenter d’aboutir à la suspension ou à la remise en cause de ces mêmes décisions. Cette désobéissance civile doit donc être clairement distingué et même opposé au projet et à l’action terroristes. La désobéissance civile en effet ne s’oppose pas aux principes fondamentaux de la démocratie mais tente de pousser aussi loin que possible et par des actes non violents la liberté d’expression qui en est l’un des fondements tandis qu’à l’opposé le projet terroriste et l’action qui en découle consistent à utiliser la violence extrême et l’assassinat dans le seul but de détruire tout autant l’État que la Démocratie et la Délibération qui la légitime. Un État despotique ou totalitaire, de son côté, qualifiera systématiquement de terroriste toute tentative de lui résister en le dénonçant comme régime d’oppression arbitraire et de domination destructrice.
(100)En Démocratie la règle pourrait bien être la suivante: le moins de censure possible, au nom d’une liberté d’expression qui est dans son principe et ceci dans les limites imposées par la nécessité de défendre le Cadre indispensable au fonctionnement de cette même Démocratie et de la Délibération qui la fonde en la légitimant. La règle essentielle de la laïcité de l’État et de ses institutions en découle directement. En régime despotique ou totalitaire la règle pourrait bien être, à contrario, celle d’une censure maximale. La censure en effet n’y est que la face directement répressive d’une propagande dont le but ultime est un contrôle total et continu de la pensée de chacun, l’éducation devenant alors comme l’avant-garde et le laboratoire d’un tel projet de domination intellectuelle et morale! Si un tel projet de domination intellectuelle était atteint la conséquence en serait que la censure n’aurait plus à s’exercer de l’extérieur sur les individus puisque la pensée de chacun d’eux, entièrement formatée ou programmée par une telle éducation, devancerait constamment les décisions potentielles d’une telle censure. Cette éducation, ou plutôt ce qu’à bon droit on pourrait considérer comme une sorte de dressage et comme l’inversion de ce que doit être une authentique éducation humaine, assurerait alors et à elle seule la pérennisation du système despotique ou totalitaire qui en assure le fonctionnement

(101)L’un des facteurs permettant d’expliquer la redoutable efficacité intérieure du despotisme ou de tout autre système totalitaire réside dans la possibilité qu’il offre à chacun de s’imaginer proche de ses voisins et comme en communion ou en complicité avec eux. Chacun en effet, pensant partager avec les autres la même soumission aux même idées et surtout à la même propagande s’imagine faire ainsi partie d’une communauté inclusive et bénéficier de son apparente puissance et ceci dans le même amour inconditionnel et partagé du même chef. Cette proximité trouve cependant sa limite et son revers dans la crainte constante, éprouvée par chacun, de devenir l’objet d’une accusation ou d’une délation, l’amour inconditionnel du chef, attisé par la propagande, ne tolérant aucun manquement ou aucun écart. Cette crainte sera d’autant plus vive et constante que toute personne peut craindre à tout moment l’accusation de n’importe qu’elle autre personne, y compris de celles faisant partie de l’entourage le plus proche. Chacun se retrouve ainsi en situation de surveiller chacun des autres membres de cette communauté tout en étant surveillé par chacun d’entre eux.
(102)En régime despotique le contenu de la vérité officielle peut constamment changer bien que cette vérité soit, à chaque fois, considérée comme absolu, intangible, incontestable. C’est le despote en effet qui se pose en seul détenteur et garant de cette vérité, de toute vérité. Celui-ci peut donc changer à volonté le contenu de la cette prétendue vérité tandis que ses véritables motivations, sources ou intentions resteront cachées au peuple qui, lui, est tenu d’accepter cette vérité et de s’y soumettre, d’y croire ou de faire semblant d’y croire et surtout d’agir en conséquence. En régime démocratique de prétendues vérités s’expriment et circulent librement, s’éprouvant entre elles et pouvant être contestées, chacun étant libre de les évaluer ou de les tester, de les soutenir, critiquer ou réfuter. Cette libre mise en cause de ce qui se présente à chaque fois comme vérité possible doit cependant et en principe être elle-même soumise aux principes fondamentaux de la rationalité argumentée ainsi qu’aux procédures de vérification méthodiques qui en découlent. La rationalité scientifique s’est donc, en démocratie, installée comme exemple et modèle d’accès à la vérité et ceci tout d’abord en ce qui concerne une connaissance objectivée de la nature. La science et la forme de sa progression constituent donc bien, pour la démocratie et depuis son origine, un modèle opposable au relativisme intégral et à toute sophistique, un modèle appuyé sur un certain nombre de principes et de règles méthodologiques précises et transmissibles. Dans un tel contexte démocratique une telle idée de vérité, indissociable de celles d’égalité et de justice, indique en outre le sens politique souhaitable d’une progression indéfinie. Au contraire, du point de vue de n’importe quel régime despotique ou totalitaire la seule progression effective concevable, le plus souvent dissimulée ou maquillée derrière l’idéologie et la propagande qui l’accompagnent, est celle d »un accroissement indéfini de la puissance au pouvoir et de sa capacité d’asservissement, de répression et de contrôle…
(103)En Démocratie une partie non négligeable du peuple peut constamment être tentée par la séduction d’un Despotisme dont elle s’efforcera alors de favoriser l’avènement. Face à une telle potentialité chacun de ceux qui continuent de faire le choix de participer à l’existence de la Démocratie en y participant comme citoyen pourra alors s’opposer et faire barrage à cette potentialité, luttant dans les limites de la légalité reconnue par la Délibération. Cependant si l’exercice nécessaire, légitime et légitimant de cette même Délibération est rendu impossible par les actes de ceux qui s’y opposent ce même peuple n’a-t-il pas alors le droit et même le devoir, dans l’espoir de sauver les chances de la Démocratie, de passer outre aux règles dans une sorte de remise en jeu fondamentale, au risque de favoriser l’avènement d’un nouveau despotisme? Et ce peuple, outrepassant les règles du cadre qui rend possible la Délibération continue-t-il alors d’exister en tant que tel c’est-à-dire en tant que peuple de citoyens?
(104)On ne peut imposer par la force ni la Démocratie, ni la Délibération qui la fonde en la réalisant. Par contre on peut toujours s’efforcer de susciter, de défendre et de favoriser au mieux les conditions de possibilité d’une Délibération consentie, libre et équitable. Et parmi ces conditions de possibilité les plus importantes ou les plus prometteuses ne sont-elles pas celles qui concernent l’éducation de ceux qui sont susceptibles de devenir les défenseurs, les garants ou les portes parole de cette même Délibération et de cette même Démocratie?
(105)L’enjeu politique que représente tout enfant qui naît n’est-il pas de pouvoir être chaque fois reconnu comme une nouvelle chance et une nouvelle ressource pour la Démocratie et la Délibération continuée, légitime et légitimante? L’éducation doit donc être conçue comme un processus qui devrait lui permettre d’intégrer un jour et le plus librement possible cette même Démocratie et cette même Délibération et d’assumer, à son tour, la perspective de leur renouvellement.
(106)Il y a dans la nature de chaque individu humain une tendance à vouloir dépasser ses propres limites en tentant de les effacer pour se fondre dans un groupe, une masse ou une totalité concrète et collective plus puissante, provoquant ainsi l’annihilation de toute conscience morale ou politique proprement personnelle. Les systèmes totalitaires basés sur un principe de hiérarchie et de domination par la force tirent systématiquement profit de cette tendance en la disciplinant et en la transformant en une puissance collective accompagnée d’un esprit de corps fanatisé. La tendance à l’individualisation de chacun étant alors récupérée et instrumentalisée sous forme d’héroïsme et d’esprit de sacrifice. L’esprit de la liberté démocratique peut, de son côté et grâce à l’entreprise éducative, s’appuyer sur cette double tendance individualisante et intégrative pour développer le sens d’une responsabilité personnelle, politique et morale de chacun vis à vis de chacun des autres membre de la communauté politique concernée et même au-delà. La tendance à l’intégration dans un groupe se trouve alors progressivement élargie et élevée à la perspective d’une participation morale et politique de chacun au projet politique d’une humanité universelle libre et émancipée.
(107)La science et l’idéologie ont ceci en commun que l’une comme l’autre visent à la simplification. Quand la simplification visée par l’une passe par la reconnaissance d’une complexité qu’elle cherche d’abord à décrire, puis à traverser afin de l’expliquer rationnellement en la ramenant à ses éléments premiers celle à laquelle tend l’idéologie, et ceci quelle que soient son orientation, signifie plutôt une mise à l’écart, voire un véritable refus ou refoulement de l’idée même qu’une telle complexité soit possible! En régime totalitaire ou despotique cette idéologie, alimentant une propagande qu’elle permet de rendre plus efficace en la simplifiant, sert essentiellement à désigner et à stigmatiser des ennemis à combattre par tous les moyens tant à l’extérieur qu’à l’intérieur. En démocratie l’approche scientifique d’une complexité qu’il s’agit d’expliquer en la décomposant en ses éléments premier peut servir d’exemple et même de modèle pour une Délibérations toujours à nouveau en quête d’objectifs communs légitimes et clairs susceptibles de répondre à sa propre complexité et à la complexité des intérêts qu’elle représente…
(108)L’Horizon d’Universalité concrète qui Ouvre au processus d’objectivation rationnelle sur lequel repose la progression toujours méthodique et pourtant toujours aussi très zigzagante des sciences ne cesse d’offrir à la Délibération continuée l’heureuse possibilité d’une inépuisable et permanente confrontation d’innombrables points de vues et ceci dans la perspective toujours renouvelée d’une utopique et définitive Convergence finale!