En Lisière

« El sumo desvario del hablar cuando todo calla… » Roberto Juarroz

Crache ta honte et fais en rapidement le tour
scelle un couvercle au-dessus des regrets
respire à nouveau l'haleine du Grand Large
acoquine le Ciel aux étoiles filantes
plis les genoux tout contre l'éphémère
relève  à deux mains ton Centre de gravité
branche ton karma sur de belles fréquences
et nourri de silences une égale Colère

Je réserve au Silence un espace et tu sais
qu'un chagrin découpé dans un rêve est aussi
l'amorce d'un secret sorti de son ornière
tapis sous ta paupière:
Ce couple de jumeaux rescapés du Désert
élargissant son dû dans nos yeux de bruyère
tracera l'Horizon de nos égarements...

Je t'écris qu'à deux mains le mystère est entier
son abeille a vaincu ces orages qu'un Ciel
déballant son étoffe en mille draperies
réserve aux initiés sans armes ni compas
 
Le torrent qui dévale échancrait sa colère
maintenant que l'oubli rejoint son crépuscule
ce chemin de sous-bois nous attire et plus tard
qu'une crête nuptiale embellisse nos nuits!

Poèmes en lisière, évanescence du doute
là où tremblent les pierres, arbres déracinés
broyés
les oiseaux nous ont fui vers des cieux plus cléments
plus clairs
des cieux moins asservis à la voracité humaine:
accaparer l'espace, y comprimer le temps!
Poèmes en visière évanescence du doute
là où tremblent les pierres, arbres déracinés
broyés!
Pourtant nulle frontière où l'éclaircie d'un mot 
accueillera pour nous la danse du Hasard
Pourtant nulle frontière où l'éclaircie d'un mot 
abreuvera pour nous les sourciers du Hasard


Surgi d'on ne sait où un vent furieux soudain a soulevé nos tuiles
secoué l'enchâssement des lauzes
bousculé nos palissades, le labyrinthe de nos haies
tiré plus loin nos encablures...
Alors, de nos poches percées maintenant retournées
que ce rêve griffonné s'élance:
quelques timbres sépias, quelques pièces d'argent c'est sûr...
et pas un seul regret!


Après avoir dansé la Terre Mère, remercié les animaux
après avoir chanté les dieux, le vent, la pluie et le Soleil
après avoir reçu l'Esprit des grands ancêtres
visages barrés de rouge ou bien de noir dans les reflets du feu...
Les guerriers sont enfin prêts!
Suivront-ils la piste du faucon?
Ou bien celle de l'éclair?
Cheveux au vent leurs carquois pleins de flèches emplumés
les voilà qui chevauchent à cru
les voilà qui chevauchent à nu
pour ne viser qu'un rêve sûr


Giacometti so long
la lumière amenuise
des athlètes si longs...
Giacometti so long
la lumière amenuise
Diego dans sa chemise
("A l'aplomb d'une étoile")
Tas de pierres
Chaos pesants qu'on ne saurait compter
dans l'immobilité d'un héritage
laissé à l'entretien des ronces


Collier de perles rares et blanches
et bracelets en marge du destin,
ta gorge d'ambre et de satin
le souci de tes hanches fleuries
tes poignets encerclés
que l'intelligence s'y mesure aux seuls secrets des anciens sceaux
Battements de mon cœur en attente du jour
orages thoraciques
veines durcies
le temps reviendra-t-il des crèches enfantines?
Battements de mon cœur en attente du Ciel
maintenant que tes mains sans artifice, paumes en l'air
comme deux coquillages en route vers l'Azur


Nuit noire
myriades d'étoiles
et moi les pieds dans l'eau
écarquillant les yeux
("Nuit")


Les vraies sources sont toujours un peu plus loin
un peu plus haut
invisibles de loin...
Alors on a fini par s'asseoir
mains au sol
genoux pliés
front en arrière
pour les imaginer derrière nos paupières


Un enfant à venir, ses yeux sont au beau fixe
ses cheveux en bataille
et ce qu'il dit sans immobilité irise l'eau du lac...
Le vieux se tient à contre-jour, silhouette sombre et droite
présence ramassée, concentré de mémoire...
invisibilité du doute