En lisière (Éclaircies en cours)

Quand on construit un poème on dessine déjà, et à mesure, un nouveau paysage qu’on ne découvrira vraiment qu’en écartant le poème, une fois celui-ci achevé. Et c’est dans la révélation de ce nouveau paysage qu’un poème nouveau pourra, à son tour, venir prendre place…
*****

En exil, en transit, en recherche d'un lieu
de la fuite du sens au désordre des mots
hommes décrochés
hommes désossés que l'ivresse a gagné
guetteurs sacrés d'étoiles orphelines
le temps vous a blanchi les yeux, froissé la peau, tiré le sang...
et c'est pourquoi vos cheveux sont plus souples
votre nez plus délicat, oreilles à l’affut...
Vous! Toujours en marche
vers les forêts, les étangs, les crêtes escarpées
Vous!
Maintenant préparés au plus Grand des Hasards
le Seul qu'on puisse boire à la source
sa Source
car Dieu lui-même est à réinventer sans cesse...
Forêts de signes, vertige des falaises, hypnoses aquatiques
c'est qu'on a creusé le Silence à la main...
Le Silence et nos doigts dans la résurrection des jours
fertilité du rêve au centre de nos nuits...
On en fait des réserves, on s'en met plein les poches!
C'est qu'il en faut face au grand bavardage
grande lessive médiatique!
Décervelage en boucle et en direct! Cerveaux pliés, plus rien à déclarer
Alors on reste en embuscade et c'est notre bonheur
notre luxe de coyote
et c'est à prendre ou à laisser pour saisir notre Chance
notre douleur non-fardée, notre Joie sans tristesse
Hommes décrochés
hommes désossés que l'ivresse a gagnés
guetteurs sacrés d'étoiles orphelines
le temps vous a blanchi les yeux, froissé la peau, tiré le sang mais voyez-vous là-bas...
aux Ultimes Confins s'abreuve un Généreux Hasard

*****

J'ai poursuivi l'Amour en robes et dentelles
pantalons et jaquettes!
L'amour qui nous saisit, celui qui se dérobe et celui qu'on approche
à pas de loup, à pas comptés, à pas toujours plus proches
L'amour qui nous saisit, celui qui se dérobe et celui qu'on approche
d'une main qui tâtonne et peut-être demain lui fermera les yeux...
J'ai poursuivi l'amour en robes et dentelles
insatiable et frivole, pantalons et jaquettes, chagrins et pirouettes
et n'aurait conservé sous un crâne fiévreux
bien que fort dévoué, peut-être un peu fêlé
renonçant peu à peu aux cheveux qui lui restent
qu'un écheveau qui tourne et va s’effilochant...

*****

J'ai longé les falaises du Doute et d'un rêve
parcouru les saisons, traversé des déserts, survolé des abîmes
les gouffres de l'Enfer
où s'agitent grinçants, couinant, pantins épileptiques
des squelettes furieux, grimaçants et maudits!
J'ai longé les falaises du Doute et d'un rêve
accueilli la fraîcheur inouïe des matins
le Soleil au Zénith, la brûlure des pierres
désespérant parfois de l'haleine du soir
où viennent reposer les ombres du Destin.
J'ai longé les falaises du Doute et d'un rêve
abreuvant ma besace aux rigueurs de l'hiver
piquants comme des roses
aux automnes de feu, aux étés en chaleur
aux printemps d'espérance et de fleurs endurcies.
J'ai longé les falaises du Doute et d'un rêve
Maintenant chaque jour, au matin vers cinq heure
je prépare un café, inhale son arôme et goûte une saveur...
Corsé? Fruité?
fait griller quelques tranches, les recouvre de beurre...
Maintenant j'en suis sûr la journée commence bien!
Dans la salle de bain je me brosse les dents moins nombreuses qu'avant
et pas suffisamment!
La glace me renvoi la tête d'un enfant, cheveux rares et blancs
aux joues qui lentement se creusent en-dedans
et dont les rêves oubliés reviennent en secret
fécondant des envies, grappillant des sursis
ressuscitant l'écho d'une vie de maraude
errance vagabonde et nourrie de rapines...
J'ai longé les falaises du Doute et d'un rêve
y cherchant des lumières, aurores boréales, scintillements obscurs
étoiles dispersées d'un Unique Hasard

*****

La pression de mes paumes, aux tiennes accordées
nos mains ont circonscrit la douleur nécessaire
et maintenant nos doigts se sentent ajustés.
Baromètre du Doute, alertes en mémoire
piaulement suraigu des araignées de mer
inaugurant leur sacrifice...
En ce temps les enfants s'abreuvaient d'insouciance
cultivant l'interdit, recrachant l'insolence
impatients de goûter l'insoumission de vivre!
Oui!
Quel amour ne déplie les marges d'un secret
Oui!
Quel amour pour ne pas s'inquiéter d'un silence
d'une absence à l'appel des promesses de l'aube?
Il y avait parfois un peu de sable dans les chaussures
et pourquoi pas dans les chaussettes? Et pourquoi pas des coquillages?
Un goût de sel au creux de nos bras non-vacants
le superflu toujours avait cette part belle
qu'on réserve aux hiboux, aux cailloux, aux joujoux
aux genoux accordés, aux élans de passages
aux inspirations d'un chant sans rimes ni raisons

*****

J'écrirai plus doucement réfléchissant le bruit
que font en s'ignorant nos âmes égarées
nos âmes esseulées...
J'écrirai lentement chaque chaque mot détaché
chaque mot dégrafé
chaque lettre choisie
pour esquisser son sens en avance des autres
prenant des airs absents, arrondissant mes angles
comme feuille penchée sur l'espace au-dedans
délivrant en secret les grains de sa lumière

*****

Le Silence et le Vide entourent nos écarts
oscillation du Cap, sirènes du départ, errance de l'exil!
A deux doigts de l'amour on oublie tout le reste
accrochant ce Seul rêve aux imprévus du Ciel

*****

D'un Silence profond renaîtra la Musique
j'écouterai ses ombres autant que sa lumière...
Dissonance harmonique, mélodies enchâssées, envoutements rythmiques...
D'un Silence profond renaîtra la Musique
puis nos pieds saisiront la tendresse des pierres
leurs arrêtes risquées, leurs arrondis moussus...

*****

Une tige ou un tronc est-il un passage obligé
nécessaire et si sûr
pour qu'une sève nourricière, printanière et têtue
remonte lentement, remonte patiemment
depuis cet enchevêtrement d'innombrables racines
radicules ou radicelles
jusqu'aux extrémités feuillues de chacune des branches?
Arrondissant ce Mystère l'Amour
caillou tremblant dans la chaleur d'un été mûrissant
et bientôt moissonné
se projette soudain, se projette déjà
dans l'Ouverture d'un Monde à nouveau rassemblé...
Arrondissant ce mystère l'Amour
caillou tremblant dans la chaleur d'un été déjà mûr
y ajoute en riant les armes du bonheur

*****

Nous étions libertins, sans peur et sans reproche
nos écussons flambaient de gueule et de dentelles
le sang nous affluait, le sang nous échauffait
repeignant l’avenir en dix mille promesses
repeignant l’avenir en dix mille prouesses !
Dans l’attente du soir on fourbissait nos armes
préparant l’embuscade, l’escarmouche galante
la joute qu'on engage en tout bien, tout honneur...
Nous étions libertins, sans peur et sans reproche
implorant le Très-Haut d’accorder notre fougue
aux émois d’une belle indocile et farouche

*****

La fin s’approche et je m’en fiche
la fin s’affiche et moi j’empoche
les dividendes d’une vie remplie d’envies de contrebande
à contre-allée, à contre-Sens
chargée d’audace et de voltiges
vertiges à la clé...
La fin s’approche et je m’en fiche
la fin s’affiche et moi j’empoche
les dividendes d’une vie de chevaliers en embuscade
de caprices d’enfant, de jalousies fécondes
prestige de l’Indien fumant la pipe des Anciens
La fin s’approche et je m’en fiche
la fin s’affiche et moi j’empoche
monnaie de Singe ou bien de Pape
le résultat de mes écarts, de mes zigzagues et volte-faces
tous ces fou-rires de brigand, ces faux-fuyants de vieil escroc!
La fin s’approche et je m'affiche
la fin s’affiche et je l’empoche
qui déjà me défait et déjà me disperse aux quatre coins du Grand Oubli

*****

La mesure du jour est une terrasse qui s'ouvre
poste de guet, balcon propice
sur un paysage qui s’offre à de belles moissons...
L’olive est bien trop verte, l’abricot déjà mûr et le bleu des lavandes
bruissant d’abeilles affairées!
Collines arrondies d’où surgissent parfois, tranchantes, leurs roches acérées
ces falaises dressant leur blancheur de calcaire
cassée d’ocre ou de brun...
La mesure du jour est une terrasse qui s’offre
poste de guet, balcon propice
pour y entendre ce message adouci de verdure
venu de la rivière, obstinée, familière
dont l’eau claire, nourricière et précieuse, incessante s’écoule
nous échappe et s’enfuit
emportant sa chanson pour la fondre là-bas
dans les sourds grondements d’une mer ancestrale, capricieuse et puissante
mais que d’ici l’on n’entend pas

*****

Le chemin du poème est un chemin de ronde
protégeant le secret de cette Immensité
où s’inscrira demain la course d'un nuage
venu nourrir ses sources, rafraîchir nos blessures
Le chemin du poème est caché dans tes mains
dont j’ouvre à demi-mots les dix doigts couronnés
j’y veux moudre le grain d’une errance amoureuse
de sa ligne de chance aux agapes du jour
Le chemin du poème est rempli de voleurs
de brigands en maraude
venues pour détrousser l’hésitation sonore
ligoter ce mystère aux vertiges du sens
On y perçoit déjà le chant d’une sirène
venue tenter sa Chance au jeu du Grand Amour
Le chemin du poème entre deux sentinelles
se faufile et se perd
on y cherche à tâtons les pistes oubliées
d'une enfance au parfum de rêve et d'embuscades!
Le chemin du poème est un sursit qu’on gagne
fantômes effacés, chimères en cavale, monstres évaporés
liberté de cingler vers des lointains chargés de senteurs inconnus
de parfums oubliés
ressuscitant ce chant d'une enfance à venir
quel oiseau ne déplie la fraîcheur des matins

*****

La panthère a surgi du milieu de la nuit
ses pupilles griffées de fils d’or ou d’argent
elle a pris mes cheveux pour en faire une tresse
et voulut en fouetter l’innocence perdue…
J’étais mis au défi, j’ai relevé ce gant
quand n’avais de soutien qu’en un verbe précieux
dont j’ai fait cet éloge indocile et fiévreux
tel un collier qu'on serre au cou des voluptés

*****

J’ouvre cet éventail où d’immenses oiseaux, déjà
déplient leurs ailes d’or en direction du Ciel
J’ouvre cet éventail et murmure l’appel
au Silence des morts
de beaucoup plus nombreux que les vivants amers
qui voudraient bien refaire un petit tour encore...
Chant du cygne à genoux devant cet éphémère
la musique déplie les couleurs du manège
un petit tour de plus, un petit tour encore
Chant du cygne au regret de sa mélancolie

*****

La chaleur revenue nous accable déjà
c’est bien l’été tant espéré, c’est bien l’été tant attendu!
On se met à l’abri sous l’ombre des grands arbres
on ouvre les arceaux d'ombrelles toutes blanches
on ferme les volets, préservant la fraîcheur
qu'apportent en tonnant les orages du soir...
Au zénith, à midi, le Soleil tape fort!
Les chapeaux sont de mise, en paille ou de coton...
Sueur à volonté, au diable les chaussettes !
Faudra laver souvent tee-shirts, culottes ou chemisettes…

*****

Ce matin quelques brasses
dans l’eau d’une piscine au fond plus bleu que bleu!
Et bientôt sur son bord je reste en plein cagnard
une brise m’assèche, mon âme s'évapore, mon âme disparaît
Incessante stridulation d'insouciantes cigales

*****
S'accrochant aux rochers
environnés du bleu bourdonnant des lavandes
les genets sont en fleurs, les genêts sont en fête...
partout leur jaune d'or éclot dans lumière!
Et moi
sandales de l’été maintenant baptisées
dans l’eau si claire, si fraîche et chantante de l’Ouvèse
je m'arrête et respire, je regarde et me tais

*****

Tu m'écoutes et me crie qu'à l'ombre des grands arbres
il n'est jamais trop tôt, il n'est jamais trop tard
pour ouvrir l'éventail, y tracer le dessein
d'une vie vagabonde, d'une vie de maraude!
Moi j'écarte un beau rêve où tu n'as pas ta place
imagine un secret plus vaste et parfumé
où nous pourrions danser tout autour des fontaines...
Tu m'écoutes et me crie qu'à l'ombre des grands arbres
il n'est jamais trop tôt, il n'est jamais trop tard
pour ouvrir l'éventail, y traquer l'aventure...
Découvrir des oiseaux leurs ailes déployés
par-dessus l'incessant gazouillis d'une source
larmes évaporées d'un grand bouquet final!

*****

J'ai compté les cheveux d'une antique Déesse
aux paupières baissées, aux seins effarouchés...
Tu as saisi les mains d'un moine famélique
compté ses cheveux blancs, remarqué sa détresse...
Ils bradent le Silence et sacrifient le rêve
dans le vif du sujet découpant leurs lanières
n'accordant à la vie que calcul et profit!
J'ai compté les cheveux d'une antique Déesse
accomplissant le rite en mémoire du vent
tu as saisi les mains d'un moine famélique
entouré cet instant d'une Seule caresse
déroulées jusqu'aux bords d'une nuit d'insomnie

*****

Les enfants du Silence ont grandi près des sources
multipliant nos forces
merveilles entassées dans les chagrins, l'hiver
conservera ce fruit de toute d'obstination
entêtements tenaces, caprices entêtés
qu'une abeille dévote a voulu contenir
en-deça de l'amour et déclarer sans suite...
Nous étions affairés, loin des eaux entravées
croupissantes et sombres
loin des eaux saturées, toxiques et mortelles
où l'on voit des poissons, nageoires immobiles
surnager, ballottés, leurs ventres de côté!
Les enfants du silence ont grandi près des sources
élargissant nos âmes
s'abreuvant aux rayons du Soleil, à minuit
une Lune adouba ce destin, l'hirondelle
y ajoute en riant des secrets aériens
dans un surcroît de Sens où loge l'espérance.

Ce matin de janvier dans le tram
la chaleur est humaine
Certains bavardent, intarissables le nez collé sur leurs écrans de poche
d'autres, plus distants, font glisser de l'index ou du pouce
sur ces mêmes écrans les messages du jour!
Quelques uns ferment les yeux, semblant rêver ou s'assoupir
de petits escargots blancs cachés dans les oreilles

*****

Dans un tram ce matin, destination la gare
Près de moi, deux femmes fortes, intarissable l'une...
Du Russe? De l'Ukrainien? Du polonais peut-être?
Mon ignorance hésite à interrompre cette verve
quand elles m'ignorent superbement!
"Plizz... maïayaskyouakwechtion?"

*****

J'ai trouvé ce matin un moyen très facile
de me muscler le dos du côté des lombaires
debout et dans le tram!
Un moyen très gratuit
bien plus simple et surtout plus discret
que de prendre au portable un indiscret appel
assis et dans le tram!

*****

Le mendiant du quartier sous son chapeau de cuir
recuit
au marché le dimanche, en semaine à son poste à l'entrée du tabac...
Si je donne une pièce
chaque fois me sourit et chaque fois me dit "Merci chef!"

*****

Dans le tram direction centre-ville
devant moi, assis, un jeune homme
à ses pieds un étui noir, rigide et plutôt encombrant
Après qu'il en eût fini avec son portable
"Excusez-moi... Qu'y a-t-il dans cet étui? une sorte de mandoline?"
"Mais non! C'est un tzouras, un instrument traditionnel Grec à cordes pincées"
Mon Dieu j'y étais presque!

*****

L'air était encore frais d'un beau matin de mai
assis à l'ombre et dans la rue j'attendais l'ouverture...
Ni montre, ni téléphone, et devant moi les gens passaient
qui dans un sens? Et qui dans l'autre?

*****

La jeunesse apparaît, la jeunesse s'insurge
refusant d'assagir l'énergie qui l'entraîne
brandissant ses drapeaux d'enthousiasme et de rêves
La jeunesse s'insurge, la vieillesse s'obstine
creusant toujours plus loin son sillon sur la Terre
y cherchant des issues, des chemins de traverse
La jeunesse apparaît, la jeunesse s'emballe
jetant par dessus bord les anciens gardes-fous
impatiente d'aller jusqu'au bout de l'ivresse!
La jeunesse s'emballe, la vieillesse s'incruste
cherchant à prolonger malgré les vents mauvais
un séjour qu'elle voudrait éternel et fleuri...
La jeunesse apparaît, la jeunesse défile
joyeux capharnaüm!
Fécondant l'espérance au son de l'arc-en-Ciel
accrochant ce bonheur aux lendemains qui chantent
La jeunesse défile, la vieillesse s'entête
s'agrippant des deux mains à la Terre éphémère
aux vapeurs des nuages, aux glaciers en déroute
lumières d'un sous-bois, odeur des conifères
refusant de lâcher le peu qui lui revient
refusant de céder sur la Chance qui reste!

*****

Il n'est jamais trop tard, non, il n'est jamais trop tard
pour danser face au vent qui repousse la houle
et hisser la grand-voile en capturant son Souffle
Il n'est jamais trop tard, non, il n'est jamais trop tard
pour débusquer le rêve au centre de nos nuits
chercher au fond de soi d'immenses galaxies
amas d'étoiles en sursis, puis
lancer loin nos regards au-delà de l'oubli...
Il n'est jamais trop tard, non, il n'est jamais trop tard
s'approchant de la côte, ralentissant l'allure
pour affaler la voile en vue du prochain port
de la digue et du môle où piaillent les mouettes!
Il n'est jamais trop tard, non, il n'est jamais trop tard
cheveux mouillés d'embruns, les yeux piqués de sel
pour affaler la voile et moucher la chandelle

*****

Ce beau rêve en étoile a resserré le lien
qui m'attache aux secrets d'une amante nuptiale
Elle inscrit dans mes mains les cercles de l'amour
tout en pointant du doigt l'extrémité du jour

*****

Ce Vide est l'entre-deux sans compas ni boussole
insaisissable vertige où viennent s'amorcer
la pointe d'un désir et l'approche du tien
battements de tes cils à deux doigts de mes lèvres
pulsations de ton cœur aux miennes accordées
puis l'écho d'un essaim de souvenirs anciens
égrenant ce mystère
cette mélancolie...
J'aime chercher dans ta chevelure ce grain
plus sombre que celui des cafés du matin
y traquer la lumière, y cueillir des odeurs
y sentir les parfums d'une forêt profonde
où s'abrite un écho des musiques premières...
indicible harmonie du rêve et du regret

*****

Quand je te fais l'amour on navigue au plus près
d'un souffle, des embruns, d'une peau qui transpire
d'une odeur de cheveux, d'un soupir esquissé, d'une ombre dans le cou...
Quand tu me fais l'amour on navigue au plus près
d'une lame de fond puissante et sans retour
énergies accouplées, énergies fusionnées d'un rythme qui s'emballe
d'un rythme qui s'affole
la houle du désir emportera le reste!

*****

Ton sexe était d'un ange accroupi sous la Lune
aux odeurs de forêt, d'épice et de bruyère
approché d'une main j'ai senti sous mes doigts
coquillage blotti, coquillage fervent
ce nombril que ma bouche effleura, l'effrontée!
Ton sexe était d'un ange aux ailes déployées
sous la voute d'un Ciel où s'abîmait le Sens
puis tes fesses tournées vers les oiseaux de mai
jalousie d'une main, résurrection de l'autre...
Ton sexe était d'un ange à demi dévêtu
présageant un chemin d'intimités secrètes
subtiles avancées, replis, soudaines escarmouches
qu'on offre en sacrifice aux naufrages en mer...

*****

Ultra-Marine
Si tu me fais l'amour
que je vais et je viens dans ton sillage brun
de varech et d'embruns
mon navire qui tangue, et vire bord sur bord
s'empresse vers une île et sa faune sauvage
trésor caché d'une forêt profonde
Quand on se fait l'amour
tes cheveux étalés sont plus noir que le geai
ton visage au-dessous comme un seul paysage
pour y guetter l'appel, y recueillir des signes
la coupe de tes lèvres, un peu de rouge sur tes joues
l'éclat d'une lumière à l'abri dans tes yeux
mi-clos
Si je te fais l'amour
si je vais et je viens dans ton sillage brun
explorant les détours, ménageant des retours
approchant un trésor en ce jardin non-clos
la musique précède et donne le tempo
variations, transpositions, allegro furioso!
Une ivresse grandit, un vertige s'emballe, l'allégresse déborde
et se mêle bientôt d'une mélancolie secrète...
Quand on se fait l'amour
jambes en l'air et bras en croix
je sens ton existence à mon centre accordée
la mienne se rassemble au centre de la tienne
quelle humide fierté, quelle sombre douceur
l'arôme d'un mystère aux arcanes fécondes

*****

Tes deux seins agités sur un bateau qui tangue
mamelons essuyant la gifle des embruns!
Tes deux seins en vigie sur le mat de misaine
mamelons étrennant les griffes du malin!
Tes deux seins à la proue d'un navire qui tangue
quand ma langue y prélève une fleur et son sel
et tantôt l'un, et tantôt l'autre, et tantôt l'un, et tantôt l'autre...

*****

Tu es la perle qui résiste à son feuillage de mica
ce Seul fruit d'un secret dont j'écarte les lèvres
Tu es la clé d'un désert où fleurissent les roses...
Que ce fruit défendu vienne sceller mon sort!

*****

L'arrondi d'une fesse effleurant mes caresses
territoire propice à nos égarements
d'une mains subjuguée j'en veux dresser la carte
longer cette frontière
m'élever en tournant jusqu'à son belvédère...
L'arrondi d'une fesse excitant ma tendresse
hiéroglyphes nouveaux, hiéroglyphes anciens
à deux doigts de l'Amour y mettre ma souplesse...
Aux caprices du vent j'abandonne le reste!

*****

Entre nous la barrière des langues
palissade ajourée, laissant passer nos doigts
et tes lèvres si près qu'elle me touchent déjà
pour un Seul de ces mots qu'elles ne prononcent pas


*****

L'essentiel!
Ce n'est pas le poème en sa forme achevée
sa musique à nulle autre pareille
grincements harmoniques
ces rythmes qu'on étire, d'autres qu'on précipite
enjambements, syncopes!
Ni l’énigme d'un fond d'inconsciences croisées
leurs ombres s'attardant aux marges du sommeil
tournoiement du Bonheur, Soleils éblouissants, orages embusqués
L'essentiel, non, l'essentiel
ce n'est pas la venue du poème attendu
à pas de loup, à pas comptés
préparant ses effets, dévoilant peu à peu son cortège tressé
de sens et de non-sens, échos en dissidence
L'essentiel, non, l'essentiel
ce n'est pas qu'on le lise avec application, bonne prononciation
ce n'est pas d'être lu dans notre seule tête
d'une voix toute secrète
ou à voix basse et murmurée, ou vers les autres et à tue-tête!

L'essentiel, Oui, l'essentiel
Qu'un poème ait surgi d'où s'échappent les mots

*****

Baptême de Jésus dans les eaux du Jourdain
poète sans papiers, sans refuge et sans fards...
Jésus qu'on retrouva questionnant les Docteurs
c'est le génie du Verbe en quête de ses Sources
Jésus sauvant la vie de la femme adultère
résistance du verbe aux faussaires de Dieu!
Jésus venu chasser les marchands hors du Temple
brandissant le fouet d'une Sainte colère
poète révolté, poète en dissidence!

*****

On se tient à l'écart, on se tient en réserve
mais jamais épargné par la roue de Fortune
sondant
scrutant
la mémoire d'un fleuve aux paresses puissantes
la mémoire d'un fleuve où glisse un Ciel changeant...
Guinguettes de guingois, guinguettes en goguettes
au retour du printemps, à la fin de la messe
l'insouciance est de mise on a levé le coude
grignoté l'amus'gueule en attendant les frites
rillauds, sandre au beurre blanc ou poisson du moment
Sur la toile cirée à damier rouge et blanc
on a posé nos mains faisant glisser le doute
rassemblant notre joie, préparant des fou-rires!
On se tient à l'écart, on se tient en réserve
mais jamais oublié par la roue de Fortune
sondant
scrutant
la mémoire d'un fleuve aux paresses puissantes
la mémoire d'un fleuve où glisse un Ciel changeant
le blanc était bien frais, l'ivresse au rendez-vous
libérant son bouquet, sa robe du Layon
Alors on se revoit comme si c'était hier
monter en titubant sur le grand bac en fer
à pied ou à vélo on était en balade
sur les chemins d'une île appelée Saint-Aubin
aux environs d'Angers
Alors on le revoit comme si c'était hier
ce haleur nonchalant et massif, d'apparence pensive
repoussant le grand bac dans un sens, puis dans l'autre
repoussant le grand bac d'une rive vers l'autre
tirant sur le filin sempiternellement...
On se tient à l'écart, on se tient en réserve
mais jamais oublié par la roue de fortune
sondant
scrutant
la mémoire d'un fleuve aux paresses puissantes
la mémoire d'un fleuve où glisse un Ciel changeant
la mémoire d'un fleuve encore libre et sauvage!

*****

Au temps des herbes folles, des tourments en déroute
nos cerveaux en jachère, leurs neurones en fuite
d'un coup de vent d'un seul en recueillent l'ivraie...
Au Jardin d’Épicure à l'ombre d'un portique
loin du bruit des cités, du fracas des armées
l'amitié s'y cultive et l'amour s'y prépare
déclinant un dessein de serments et soupirs
voluptés et caresses...
Au temps des herbes folles, larmes évaporées
dans nos cerveaux en friche, neurones en bataille
danse des papillons, clignotement des fleurs...
Au jardin d’Épicure égayant sa fontaine
loin des foules pressées par l'urgence et le stress
d'un horizon barré de barres en béton
l'amitié s'y préserve et l'amour s'y obtient
pour un brin de muguet, pour un bouquet de roses

*****

Soudain la pluie fit descendre son voile
à peine l'entend-on derrière le vitrage
estompant dans nos yeux les contours éloignés
de l’Être
Sombre délicatesse, effervescente justesse...
Soudain la pluie fit descendre son voile
imperceptibles gouttelettes
jusqu'aux racines profondes, jusqu'aux racines secrètes...
Arbustes nouveau-nés, vieux arbres centenaires
leurs feuilles au passage ont réclamé leur dû!

*****

L'hiver nous a quitté, l'hiver nous a laissé
quelques touches de neige aux flancs des hauts sommets
névés s'amenuisant sur le noir des rochers...
Le printemps nous entraîne inexorablement
et chaque jour, et chaque nuit
nouvelles et mêmes fleurs, nouvelles et mêmes chaleurs...
L'hiver nous a quitté le printemps nous entraîne
Il est temps de sortir ces boites en carton
qu'on avait oubliées dans le fond des placards
sandales ajourées, légères
pantalons souples et clairs, maillots, tee-shirts
Saurons-nous débusquer le Sabot de Vénus?
atteindre le séjour des blanches édelweiss
marmottes affairées, toujours sur le qui-vive!
abeilles affairées, abeilles butineuses
merveille de tes seins à porté de mes mains
de mes doigts empressés d'en suivre le dessin
d'y pousser mon désir et d'attiser le tien

*****

A vous qui dites ne pas croire
je dis qu'une prière n'a pas besoin qu'on croit...
Alors inutile d'attendre
prions les yeux ouverts et mettons-y tout notre cœur
notre rage impuissante, notre douleur et notre sang
pour que leur Dieu qu'ils disent si puissant, si juste, si bon
fasse chuter d'un coup et surtout pour de bon
emportant avec lui serviteurs et laquais
obséquieux oligarques
généraux médaillés, ministres apeurés
fasse chuter d'un coup et surtout pour de bon
héritier d'Andropov, de Staline et des apparatchiks
l'Ubu bouffi, l'Ubu bouffon
le vampire aux yeux froids nouveau maître au Kremlin


*****

Un essaim de Silence est venu dans tes mains
rêches
tu goûtera son miel à même ce Calice
et quand il sera temps accueilles son départ!
Un essaim de Silence a dormi dans tes mains
jointes
tu as goûté ce miel et quand il sera temps
raccommodes l'oubli, cueilles tes souvenirs...

*****

Enfants en file indienne, enfants qui se dispersent
projetant la mémoire au-delà de l'oubli...
Peinture qui s'écaille et parfum de lavandes
sieste qui s'éternise à l'abri des volets
les cloches de l'église égrenant sa durée...
l'impatience grandit, l'impatience déborde!
Que sonne à la volée le tocsin favorable !
Enfants en file indienne, enfants qui se dispersent
sous un Soleil brûlant les aplombs de l'été
la lauze des chalets
ses odeurs de crottin dans celle des moissons
quand la-haut sur l'alpage blanchi
la sente des troupeaux file vers l'horizon...
Enfants en file indienne, enfants qui se dispersent
découpant ce mystère en pluie de confettis!

*****

Soudain je me souviens du cri des araignées
araignée de mer ou Maja, qu'on dit aussi Crabe-araignée
plongées vivantes
dans l'eau bouillante!
Aucune recette jamais n'en saura tenir compte...
Sculpter le souffle
scander le Temps
aménager ce verbe qu'on nous tend

*****

J'ai tracé sur ta peau d'invisibles écarts
puis ma main se perdit du côté de tes hanches
nous étions accordés loin des cris, des batailles!
J'ai semé sur ta peau d'invisibles écailles
puis ta main s'inspira de l'étoile des mers
pour serrer de plus près notre consentement

*****

J'écarte ton absence
plus légers qu'un baiser sont les oiseaux du Ciel
mémoire tapissée d'une Arche musicale...
A fileta, a capella
dans l'immense et sombre cathédrale exhaussant le Rocher
je me souviens j'ai eu la chair de poule...
J'écarte ton absence
et scrute maintenant cette voûte céleste
y loge mes alarmes, y roule des chagrins
rêves à Ciel-ouvert, rêves d'un Ciel changeant
la fuite d'une abeille indique l'horizon
atmosphère chargée d'un doute qui l'entaille

*****

Amour a des secrets, j'en écarte les plis
y butine un nectar, merveilles épicées
Amour a des secrets j'en tournerai la clé
pour que s'ouvre la boite où tu le tiens caché

*****

J'ai partagé ce rêve étrange et pénétrant
d'une âme chasseresse, d'une âme vagabonde
son charme ayant tenu mes armes à distance
ses cuisses m'ont serré plus près que chiens courants
et ses flèches criblé de brûlante douceur
J'ai partagé ce rêve et navigué sous l'arc
d'une âme généreuse, triomphante et sans peur
son rire a déjoué de trop de vieilles rancœurs
effaçant le bourdon d'anciennes amertumes
Fi de l'incertitude!
Aux chagrins oubliés j'abandonne le reste

*****

Je n'avais pas prévu qu'en mon automne venteux
pluvieux
songeries en rafales!
Je n'avais pas prévu qu'en mon automne vermeille
plein de feuilles roussies
de merveilles dorées, palimpsestes épars
signes à déchiffrer sur les monts alentours
surgisse ton printemps de sauvages élans
de rires en cascades
de rosée matinale et blanches floraisons...
Ton visage est venu pour chasser les nuages
et sur l'age du mien tu m'as fermé les yeux!
Et qu'y puis-je si sur tes lèvres ourlées
j'ai pu goûter à la douceur exquise...
Si ton ventre chargé des promesses de l'aube
si tes mains irriguées d'un sang de flibustière
tes seins endimanchés, tes pieds sans pesanteur
au bout d'une escapade ont réclamé leur dû

*****

J'ai marché vent debout...
Le rose des flamands s'envole à tire d'ailes
J'avais l’œil aux aguets
le rose des flamands noyé dans la lumière

*****

L'aphorisme est un prisme en charge d'une étoile
sur ce rêve en sursis j'ajusterai mes armes!
L'aphorisme est un bloc où de belles statues
viendront mettre à l’abri leurs grands yeux effacés
L'aphorisme est un prisme en attente d'un Ciel
qui dépliera pour nous la carte des étoiles

*****
L'Intuition se saisira du Ciel
ses quartiers de noblesse, draperies insolentes
immenses rotations d'immenses galaxies...
L'intuition se saisira du Ciel
car ma main sur ta main pour en faire le tour
Jaillissement sans fin d'étoiles lumineuses, d'étoiles en sursis
car ma min sur ta main pour en faire le tour
vestiges en transit, constellations d'énigmes en attente
c'est déjà notre ivresse en orbite céleste
L'intuition se saisira du Ciel
ses quartiers de noblesse, draperies élégantes
aurores boréales, blasons crépusculaires...
puis nos mains accordées traceront ce vertige
leurs caresses croisant en vue du Grand Amour

*****

La patrie de l'Amour est un Ciel aux accents
de dix mille contrées
La patrie de l'Amour est un Ciel retourné
au bout de chaque doigts!

*****

On a pris soin du Ciel
embrassant l'horizon pour atteindre son givre
ses étoiles d'or fin, ses aiguilles d'argent, myriades galactiques
On a pris soin du Ciel
puis on est revenu s'environner de pluie
s’emmitoufler de brume et battre la campagne
s'approcher d'un rivage, gagner le fond des mers
parcourant des abysses
y traquant les reflets d'inquiétantes chimères
On a pris soin du Ciel
s'accrochant à la Lune, ses dix mille cratères
océans sans marées, déserts sans oasis
traversant la vapeur de nuages altiers
se laissant aspirer dans leurs métamorphoses
leurs formes engendrées les unes par les autres, les unes dans les autres
simple brise ou mistral, alizé, aquilon
et gagner ce mystère à la cause des vents...

*****

L'écriture...
Passerelle de bois, suspendue, ajourée
pour que les mots d'un bord à l'autre
en quête de leurs sources, en attentes fécondes
traversent en dansant par-dessus les rivières...
Tous les mots à tout faire et tous les bons à rien
les gros mots, mots de peu, les mots d'amour et de patience
sans oublier les mots de trop!
La page les accueille, leur offre son abri
leur offre son silence et le pardon des morts
l'attente d'un éveil, d'une résurrection...
Car il se peut qu'un jour de ces pages couvertes
de lettres endormies resurgisse le sens!
Le voilà qui se glisse et passe par ici
puis déjà se faufile et repasse par là
chacun le voit ici puis le découvre là
se lance à sa poursuite, s'en rapproche bientôt puis le manque à nouveau
C'est qu'il prend son élan, c'est qu'il prend son envol
filant beaucoup plus loin, filant à tire d'ailes
quand déjà le vent frais nous en ravi l'écho

*****

Sans bruit, la neige s'est mise à tomber
ses flocons de cristaux agrégés, minuscules
grossissant peu à peu
recouvriront bientôt la ville qui s'efface
façades confondues...
Tourné vers la fenêtre, je fume
volutes s'étirant, s'arrondissant de bleu, disparaissant...
La vue des lointains s'est brouillée maintenant derrière un voile blanc
Silence épaissi
Ah! Penser le moins possible!

*****

Silence bruissant des pierres
de leurs failles et fissures nourries de mousse et de lichen
un orage est plus doux rassemble sa pelote...
Silence bruissant des pierres
havre de paix, refuge des petits, repères des humains
je veux prendre à deux mains leurs attentes fécondes
leurs rêves obstinés, leurs peines assourdies

*****

Tes doigts de pieds demain feront deux éventails
pour que l'attente continue...
Plus belle que jamais!

*****

Crache ta honte, fais en vite le tour
scelle un Couvercle sûr au-dessus des regrets
respire à pleins poumons l'haleine du Grand Large
acoquine le Ciel aux étoiles filantes
cale bien tes genoux tout contre l'éphémère
accapare ton Centre
branche bien ton karma sur de belles fréquences
et nourri de Silence une égale Colère!

*****

Je réserve au Silence un espace et tu sais
qu'un chagrin découpé dans un rêve est aussi
l'amorce d'un secret tapis sous tes paupières...
Tu réserves au Silence un espace et je sais
ce couple d'innocents réchappé du Désert
venus pour s'abreuver, goûter cette fraîcheur
et dresser une tente au bord de l'Oasis
y tracer l'Horizon de leurs égarements...

*****

Je t'écris qu'à deux mains le mystère est entier
son étoile a vaincu les orages qu'un Ciel
dépliant son étoffe en mille draperies
réserve aux initiés sans larmes ni regrets

*****

Le torrent qui dévale étanche ma Colère
maintenant que l'oubli rejoint son crépuscule...
Le torrent qui dévale emporte mes alarmes
Qu'une crête nuptiale embellisse nos nuits!

*****

Poèmes en lisière, poèmes en vigie, poèmes en sursis
résistance du Doute aux orages d'acier
là où tremblent les pierres, arbres déracinés, broyés
rivières obstruées...
Ils accaparent l'espace, y compriment le temps
découpant l'espérance en lanières de fer!
Vers des cieux plus cléments des espaces plus clairs
depuis longtemps déjà les oiseaux les ont fui
Quelle éclaircie d'un mot n'accueillerait pour nous les Sources du Hasard?

*****

Surgi d'on ne sait où un vent furieux soudain
est venu secouer l'enchâssement des lauzes
tirer beaucoup plus fort nos longues encablures...
De nos poches percées s'échapperont bientôt
, quelques pièces d'argent, quelques rêves sépias
et pas un seul regret!

*****

Après avoir dansé la Terre Mère
avoir chanté le vent, le Soleil et la pluie
remercié l’Élan qui fait don de sa chair
vénéré le bison qui s'offre en sacrifice
au feu du Grand Esprit
les guerriers sont fin prêts!
Suivront-ils la piste de Chien fou?
ou bien celle de l'éclair?
Cheveux noués, visages peints
carquois remplis de flèches empennées
les voilà qui chevauchent à cru leurs pur-sangs au galop
pour ne viser bientôt qu'un rêve sûr et beau

*****
Tas de pierres
chaos pesant qu'on ne saurait compter
immobilité qu'un héritage
de pesanteur, de silence sans age et d'orages glacés
aura laissé à l'entretien des ronces
à l'attention des mousses
aux avancées patientes du lichen...

*****

Collier de perles blanches
et rares
sur une gorge d'ambre et de satin
et bracelets d'ivoire à tes chevilles accordés
puis cet effleurement qui court, léger
de tes hanches fleuries vers tes poignets cerclés...
Intelligence qui se livre aux seuls secrets des anciens sceaux

*****


Orages thoraciques, veines durcies, poumons en feu
battements obstinés de mon cœur endurci
le temps reviendra-t-il des crèches enfantines?
Maintenant que tes mains, leurs paumes retournées
comme un Seul coquillage en route vers l'Azur...

*****

Les vraies sources ne sont-elles pas toujours plus loin?
toujours plus haut? Invisibles encore?
Alors on a fini par se poser
mains au sol, genoux pliés, front renversé
pour les imaginer derrière nos paupières

*****

L'enfant est à venir et c'est de Source sûre
ses yeux sont au beau fixe, ses cheveux en bataille
et ce qu'il dit sans plus attendre irise l'eau du lac...
Le vieux maintenant se tient à contre-jour
présence ramassée, concentré de mémoire, densité de silence
pour traverser le doute en marge du regret
L'enfant est à venir et c'est de Source sûre
pour attiser la flamme à l'horizon de nos discords
effacer le souci des alarmes nocturnes
préparer son retour aux neiges éternelles
Le vieux maintenant se tient à contre-jour
savourant des envies longtemps gardées secrètes
ses deux bras sont vacants, son regard s'est perdu
dans les plis et replis d'un seul Grand Paysage

*****

Amour est un carquois d'innocences fléchées
venues se ressourcer dans l'ombre des cyprès
beau rêve dépliant ses ailes flambant-neuves
Amour est un carquois d'innocence blessée
beau rêve écartelant ses ailes exposées
sur un toit de fortune, de givre et d'impatience
Amour est un carquois d'innocence ajourée
où guetter à genoux le chant d'une Sirène
L'amazone à cheval en décoche le trait
beau rêve que ses doigts rehaussent d'un secret

*****

Ta crinière de pluie, ta bouche d'Amazone, tes seins de Voie lactée
ton dos sans lendemains, ton cul des grands chemins
ton sexe de rosace, tes mains du lit de la rivière
tes yeux de terre brune et de forêts profondes...

*****

Pain béni, Croix du Sud
aurores gaspillées, aurores grappillées
sous la poudre d'un Ciel éparpillé demain
l'avancée du dégel a fortifié nos larmes

*****

Nos baisers ajustés dans la ville refuge
chaque détail en sait beaucoup d'autres qui fuient...
Prévision d'éclaircies sous un vent favorable
l'inquiétude recule a décroisé nos doigts

*****

Amour est douce morsure
piquant comme épine de ronce, sucrée comme du miel
mais cette nudité qui peut en être sûr?
Amour est douce morsure
ta présence le montre, il est une évidence
la distance adoucit son emprise brûlante!
Amour est douce morsure
ses yeux sont ce Mystère à jamais familier
et ta bouche un secret pas toujours bien gardé!
Tenace et capricieux, Amour est ce contraste
tantôt il se cabre et rue dans les brancards
tantôt se fait plus doux que l'agneau dans la crèche

*****

Poésie ce Seul rêve
qu'un nuage effiloche
Sur mes lèvres gercées
géographie du Doute


"Plus on regarde le mot de près, plus il répond de loin" Karl Kraus


L'étoile est un sursis
chaque mot de la langue en ravive le sens
*
Quand le rêve aura levé son ancre
nos larmes absorberont cette mélancolie!
*
Les anges naviguent à contre-jour
l'abeille jamais n'aura compté ses heures
*
Le vent soulèvera nos tuiles
tes paupières, déjà, indiquent un chemin
*
L'ongle incise la durée
nos mains fleurissent au désert
*
L'oiseau ébouriffait le Ciel
que son aile adoucisse nos peines!
*
Le vent bientôt dispersera
ce que pourtant le cœur a retenu
*
Ma bouche est nourrie d'espérance
que ta gorge résolve ce mystère!
*
L'arbre secoue la lumière
son ombre, déjà, en cherche les racines
*
Le pain durcit de jour en jour
la nuit, toujours, ressuscite le doute
*
Disque éblouissant de Lune
ton impatience a fait le reste
*
La roue du moulin a fait tourner sa Chance
ton regard m'ouvrira d'autres issues
*
L'écluse a mouillé mon cœur
l'oiseau étincelait au-dessus
*
Les nuages se rassemblent en grappes
une lampe, ce soir, dispersera leurs ombres
*
Si chaque pierre était une carte du Monde
chaque pierre nous emmènerait au cœur de l'immobilité
*
Accordée au paysage
la marche est sans obstacle
*
Énergie conservée sur l'arrête du Temps
genoux en suspension
*
Le Ciel s'est nourri d'espérance
notre pas déroulera cette attention
*
Ta jambe ignore le compas
sa venue dissipera le Doute
*
Alors on a vidé nos poches
comme des oiseaux effarouchés!