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Textes divers (suite)

EN RELISANT ALICE ET LES TROIS CLÉS (The clue of the black keys) de Caroline Quine

Où l’on retrouve Alice Roy, jeune fille ou jeune femme qui, par certains côtés, semble avoir 16 ans et par d’autres déjà 20… Ce qui est sûr c’est qu’elle est toujours aussi énergique et passionnée, intrépide et très intelligente. Elle ne se distingue pas par sa coquetterie mais plutôt par l,a conduite sportive d’un cabriolet dont la couleur m’échappe… Rappelons qu’elle a perdu sa mère lorsqu’elle était toute jeune et qu’elle est élevé par un père, James Roy, attentionné et admiratif de sa fille unique ainsi que par Sarah la fidèle gouvernante : « Son père, James Roy, vint lui ouvrir la porte, suivi par Sarah, la fidèle servante qui avait élevé Alice à la mort de Mme Roy, survenue de nombreuses années auparavant. Alice les embrassa l’un et l’autre puis les précéda dans la salle à manger. » Dans l’aventure qui nous occupe on retrouve aussi ses amis Bess et Marion qui vont se retrouver entrainées dans les péripéties de l’enquête, ainsi que Ned, l’ami d’enfance qui pourrait bien être amoureux d’Alice, ce qui n’empêche pas le cœur d’Alice de battre ici pour un autre jeune homme, Thierry. Ce qui est sûr c’est qu’on n’imagine pas une seule seconde cette intrépide jeune fille devenir ni une épouse rangée ni une mère de famille débordée par les taches ménagère. Elle apparaît plutôt comme une arrière petite fille émancipée de Sherlock Holmes : « Thierry la regardait sans mot dire, l’air affolé. – Ce n’est pas difficile de mener une enquête, je vous assure, poursuivit-elle avec un sourire encourageant. Il faut simplement penser à observer de petites choses, en apparence insignifiantes. Ce sont elles qui très souvent vous conduisent à la solution de l’énigme.« 

Dans cette aventure d’Alice et les trois clés il y a bien sûr un mystère à éclaircir, mais aussi le mal représenté par des méchants à neutraliser. L’enjeu de l’enquête est donc d’empêcher le crime et de lui substituer une heureuse issue. Ce mal est incarné par la cupidité, le mensonge ou le chantage et la violence physique et morale.

Le mystère se présente d’abord comme une énigme archéologique baignant dans une atmosphère d’irrationnel et c’est ce nuage ésotérique que l’esprit positif d’Alice va peu à peu réussir à dissiper en résolvant certains énigmes liés à de mystérieux dessins ou à de mystérieuses inscriptions, l’ensemble s’apparentant à la reconstitution progressive d’un puzzle complexe. Puzzle d’autant plus complexe que réparti sur des supports variés. Ajoutons qu’il y a aussi, à la clé pourrait-on dire, la découverte d’un trésor et d’une mystérieuse poudre. « Thierry fit un signe affirmatif, avant de poursuivre: – Je veux espérer contre tout espoir que même dans le cas où le trésor serait découvert, personne ne pourra ouvrir le coffre s’il ne possède le fragment qui manque à l’une des clés. – Je vous en prie, racontez-nous toute l’histoire, implora Bess. C’est passionnant! Il ne s’est donc jamais trouvé personne au Mexique qui soit capable de déchiffrer l’inscription? – Non. On n’y connait que la légende… Un soir, alors que nous allions renter au camp après une dure journée consacrée à nos fouilles, Pitt et moi avons découvert cette petite tablette de pierre dont je vous ai parlé, mademoiselle Alice. En la comparant avec les photographies que nous possédions de la stèle de Mexico, nous nous sommes aperçu que les hiéroglyphes et les symboles figurant sur l’une des faces de la tablette étaient identiques à ceux de la Pierre du Mystère. Au dos de la tablette, l’inscription semblait être la même, transcrite dans une autre langue. »

La résolution du mystère passe notamment par la compréhension de trois mystérieux dessins: « Trois des dessins, indéchiffrables lorsqu’elle les avait examinés séparément, prirent tout à coup une signification: vus en surimpression, ils constituaient une image! Alice distinguait à présent un bouquet d’arbres, un grand lac et un chemin sinueux. Les arbres se terminaient en éventail, à la manière des palmiers. » et un peu plus loin: » La jeune fille prit alors la peine de décalquer les empreintes sur une nouvelle feuille qu’elle superposa aussitôt à l’image du paysage exotique. Le résultat fut celui qu’elle soupçonnait: le cercle n’était plus vide, car le lac s’y étalait et les pas menaient à présent jusque sur le bord.« 

Vers la fin du récit le puzzle s’étend à la géographie sous la forme des îles qu’en Floride on appelle les Clés: « Quand j’étais petite, commença Marion, une année, mes parents m’ont emmenée en vacances sur la côte de Floride, au pays de ces îles qu’on appelle les Clés, les Keys(1), comme on dit là-bas. C’était à Key West, la Clé de l’Ouest. » Plus loin dans le récit: » Je vais t’expliquer, répondit Françoise, Alice cherche un trésor… et il lui faudrait d’abord découvrir une certaine île nommée la Clef Noire. Elle ne figure pas sur la carte. En as-tu entendu parler? – Jamais. Mais je connais un homme qui sera capable de vous renseigner. On l’appelle Coup double... » (…) « Le marin se gratta le crâne perplexe. – Jamais entendu ce nom-là, dit-il. Il y a la Clé du Bélier, celle de l’Arête et du Grand Cerf. Je connais aussi la Table à Thé, le Pain de Sucre et la Petite Flamme. Je pourrais vous en citer des centaines. Mais la Clé Noire… Soudain il parut se rappeler quelque chose: – Attendez-donc, j’ai une idée: il y aurait bien encore cette île… du côté où le Faucon Noir a fait naufrage, dans une tornade, vers les années 1880. Je ne sais pas si elle a un nom, mais tout de même, ça pourrait bien être celle-là qu’on appelle la Clé Noire, à cause de ce bateau... » Et là on voit que l’on peut passer d’un coup de la géographie des Iles des Clés à l’histoire de la flibuste!

Terminons en notant qu’à la fin la mystérieuse poudre sensée pouvoir détruire l’humanité se révèle posséder un pouvoir contraire:  » Les yeux du Professeur Pitt avaient pris un éclat nouveau, presque joyeux. – Continuez, dit-il, impatient. – A mon avis, poursuivit le jeune homme, la grenouille représente ici le caractère sacré du secret plutôt que l’intervention du mal. Et voici quel est le secret: cette poudre verte a le pouvoir de guérir l’homme de ses maux. Et peut-être lui enseignera-t-elle aussi comment utiliser la chaleur et l’énergie de l’astre solaire. – Je pense que vous avez raison, approuva le Professeur Anderson. Longuement Joseph Pitt étudia les trois symboles. Enfin, il hocha la tête et dit à son tour: – Thierry, vous m’avez convaincu. il faudra que cette poudre soit analysée, et ses propriétés étudiées, afin qu’il devienne possible de la fabriquer en grand quantité pour le plus grand bien de l’humanité! » Partie d’une énigme archéologique, à la limite du fantastique, l’histoire se termine au seuil de la science-fiction.

Maintenant que l’affaire est résolue ajoutons encore quelques remarques. Alice a terminé le lycée mais n’est pas étudiante. Quand le personnage a été créé aux États-Unis les jeunes femmes n’allaient encore que rarement à l’université. Cependant dans Les trois clés et pour les besoins de son enquête Alice réussi brillamment à un examen en archéologie après avoir révisé pendant seulement quelques heures. Il est vrai qu’elle est interrogée sur un sujet qui la passionne! Quand, enfant, je lisais les aventures d’Alice j’étais intrigué par la profession de son père, un homme de loi exerçant la profession d' »avoué ». Comment, lorsqu’on est du côté de la loi pouvoir être qualifié d' »avoué »? L’aveu n’est-il pas réservé aux coupables? Je n’ai résolu ce mystère que récemment. En France la profession d’avoué existait depuis 1791 et a été définitivement supprimée le 1° janvier 2012 pour des raisons budgétaires et de simplification. Un avoué était un avocat spécialement chargé de représenter les parties auprès de la cour d’appel.

L’héroïne américaine a été créée en 1930 aux États-Unis sous le nom de Nancy Drew un peu comme une entreprise commerciale par une société d’édition à succès et sous le nom d’auteur collectif de Caroline Quine. La collection apparaît en France en 1955. La principale autrice est Mildred Wirt Benson, remplacée en 1959 par Harriet Adams. Au fil du temps le personnage évolue un peu et le style des histoires. Elles sont même rectifiées sinon censurées à l’occasion des rééditions successives. Aux États-Unis on supprime, par exemple, les stéréotypes raciaux des premières éditions tandis que, dans l’édition française, Alice ne se rend plus à la messe le dimanche matin. Mildred Wirt Benson avait jugé que ces changements « ont ôté toute saveur aux histoires »…

(1) L’archipel des Keys, au large de la Floride, est constitué d’une multitude d’îles disséminées entre l’Océan Atlantique et le golfe du Mexique. Key West en est la plus importante, l’écrivain Ernest Hemingway y a eu une maison transformée aujourd’hui en musée. De par le passé ces îles ont été le refuge de pirates et de naufrageurs. Il ne semble pas y avoir de « Clé noire » répertoriée, par contre on trouve une « No name Key »… Dans son album « Rough and rowdy ways« (2020) Bob Dylan chante Key West (Philosopher pirate):

« McKinley hollered, McKinley squalled / Doctor said, « McKinley, death is on the wall / Say it to me, if you got something to confess » / I heard all about it, he was going down slow /

I heard it on the wireless radio / From down in the boonddocks way down in Key West / I’m searching for love, for inspiration / On that pirate radio station / Coming out of Luxembourg and Budapest / Radio signal, clear as can be / I’m so deep in love that I can hardly sea / Down on the flatlands, way down in Key West /

Key West is the place to be / If jou’re looking for immortality / Stay on the road, follow the highway sign / Key West is fine and fair / If you lost your mind, you will find it there / Key West is on the horizon line /

I was born on the wrong side of the railroad track / Like Ginsberg, Corso and Kerouac / Like Louis, and Jimmy and Buddy and all the rest / Well, it might not be the thing to do / But I’m sticking with you through and through / Down in the flatlands, way down in Key West / I got both my feet planted square on the ground / Got my right and high with the thumb down / Such is life, such is happiness / Hibiscus flowers, they grow everywhere here / If you wear one, put it behind jour ear / Down in the bottom, way down in Key West /

Key West is the place to go / Down by the Gulf of Mexico / Beyond the sea, beyond the shifting sand /

Key West is the gateway key / To innocence and purity / Key West, Key West is the enchanted land /

I’ve never lived in the land of Oz / Or wasted my time with an unworthy cause / It’s hot down here, and you can’t be overdressed / Tiny blossoms of toxic plant / They can make you dizzy, I’d like to help you but I can’t / Down in the flatlands, way down in Key West / Well, the Fishtail Palms, and the orchid trees / They can give you that bleeding heart disease / People tell me I ought to try a little tenderness /

On Amelia Street, Bayview Park / Walking in the shadows after dark / Down under, way down in Key West / I played Gumbo Limbo spirituals /. I known all the Hindu rituals / People tell me that I’m truly blessed / Bougainvillea blooming in the summer, in the spring / Winter here is an unknown thing / Down in the flat lands, way down in Key West /

Key West is under the sun, under the radar, under the gun / You stay to the left, and then you lean to the right / Feel the sunlight on your skin, and the healing virtues of the wind / Key West, Key West is the land of light /

Wherever I travel, wherever I roam / I’m not that far from the convent home / I do what I think is right, what I think is best / Mystery Street off Mallory Square / Truman had is White House there / East bound, West bound, way down in Key West / Twelve years old, they put me in a suit / Forced me to marry a prostitute / There were gold fringes on her wedding dress / That’s my story, but not w here it ends / She’s still cute, and we’re still friends / Down on the bottom, way down in Key West / I play both sides against the middle / Trying to pick up that pirate radio signal / I heard the news, I heard your last request / Fly around, my pretty little Miss / I don’t love nobody, give me a kiss / Down on the bottom, way down in Key West /

Key West is the place to be / If you’re looking for immortality / Key West is paradise divine / Key West is fine and fair / If you lost your mind, you’ll find it there / Key West is on the horizon line.