
(2211)La biologie et la chimie peuvent bien nous expliquer les conséquences d’une morsure de serpent, elles peuvent aussi nous expliquer comment fonctionne un antidote à cette morsure et comment l’administrer, elles ne pourront jamais nous dire pourquoi une telle morsure doit être considérée, moralement voire même politiquement, comme un mal ou une injustice qu’il faudrait combattre. L’écologie pour sa part, en tant que science des relations naturelles évolutives entre l’ensemble des espèces vivantes et avec leurs différents milieux, peut bien en effet nous expliquer en quoi la disparition d’une espèce affecterait l’équilibre de l’ensemble elle ne nous dit pas en quoi la disparition de cette même espèce devrait être considéré, moralement ou politiquement, comme un mal ou une injustice à combattre ou à éviter.
(2210)Et certains mots de porter bien mieux que d’autres, avec plus d’insouciance et comme grisés le chant qui les emportera
(2209)Au Seul Grand et irremplaçable Maître d’avoir à se démettre lui-même et cela autant de fois que nécessaire à son impossible couronnement!
(2208)On trouvera toujours, comme gardés en réserve dans chaque langue dite naturelle, certains vocables aussi simples que rares ou précieux semblant spécialement destinés à recueillir et à porter, venu du fond des ages, ce que tout autre mot ne pourrait qu’amortir, affadir ou édulcorer
(2207)Les livres qui nous entourent, certains grands ouverts tandis que les autres se tiennent serrés les uns contre les autres, sont bien chacun l’indice d’un Silence qui nous attend sans nous attendre au point, pour les meilleurs d’entre eux, d’être toujours prêts à dire et à redire tout ce qu’on voudrait qu’ils nous disent et même bien plus encore!
(2206)Les Constellations qui continuent de scintiller au firmament de nos nuits resteront encore longtemps les signes avant-coureurs d’un Sens qui n’aura donc cessé de nous attirer tout en nous échappant, irrémédiablement flanqué de son inséparable, indispensable et joyeux Non-sens
(2205)Un impeccable et profond Silence, fidèle compagnon de l’Eternelle et généreuse Indifférence du Grand Vide, n’aura donc cessé d’accueillir en les absorbant les paroles les mieux inspirées tout autant et tout aussi bien que le moindre de nos bredouillements, bafouillements ou bégaiements…
(2204)Bientôt plus proche de l’Ultime Simplicité c’est de nos poches trouées ou déchirées que s’échapperont d’inestimables majuscules…
(2203)Face à l’Universel, assourdissant et vain bavardage certains repères symboliques ou spirituels permettent de garder le silence sans risque d’éprouver la désagréable impression d’être mentalement ou spirituellement envahi et comme privé de soi. De tels repères sont donc nécessaires mais, pour qui tente l’approche du Seul Grand Vide sur lequel est appuyé ce même Silence il reste indispensable de savoir les oublier à temps
(2202)On ne partage jamais vraiment que l’Horizon d’un Sens qui continuera encore longtemps de nous échapper, toujours à nouveau chargé des entrelacs d’une signification que ne cessent d’enrichir d’imprévisibles et secrètes étymologies!
(2201)A la racine de tant de récurrentes illusions et d’autant de douloureuses désillusions le désir tenace et perpétuellement insatisfait d’être enfin compris par l’autre et même bien mieux qu’on ne pourra jamais l’être par soi-même!
(2200)La mesure objectivée du temps que, constamment et à la fraction de seconde près, nous renvoie une multitude d’écrans luminescents engendre irrésistiblement l’illusion d’une possible maîtrise de ce même temps. Cette illusion ne manquera jamais, en outre, de nous masquer la richesse et la complexité d’une temporalité intime et sensible, aussi imprévisible que volontiers secrète et capricieuse…
(2199)Que la quette de l’Ultime et bienveillante Sagesse soit aussi le partage d’une Seule et Unique Question toujours à nouveau en attente de son authentique et véritable formulation
(2198)Qu’il est tentant de jouer avec les mots, sur les mots et même contre eux et toujours dans l’espoir fou qu’ils finiront par prendre feu!
(2197)Au Seul, impossible et Grand Amour l’inestimable privilège de pouvoir indéfiniment différer l’échange, le partage et le profit des plus intimes et des plus secrètes caresses…
(2196)S’il existe, le Dieu dont nous ne savons rien de sûr sinon que son Nom ne peut qu’être imprononçable en quelque langue que ce soit continuera très probablement encore longtemps et très probablement aussi par pure Bonté à nous épargner tout échange ou tout contact direct avec Lui!
(2195)Une virgule en plus, une virgule en moins et c’est toute la phrase qui s’enrichit, gagnant la capacité de venir résonner plus justement et plus subtilement jusque dans les recoins les plus éloignés d’une irremplaçable et toujours très secrète Cathédrale intérieure
(2194)La quête de l’Ultime et bienveillante Sagesse ne participe elle-même de cette même, Ultime et Bienveillante Sagesse qu’à la condition de ne pas trop y croire, de ne pas trop s’y accrocher
(2193)Il peut même arriver qu’il faille de toute urgence prêter main forte à nos propres ennemis et malgré eux de surcroit!
(2192)Aux sources du Grand Art, aussi fascinante qu’intarissable au Beau milieu d’un Vide aussi infiniment accueillant qu’éternellement indifférent, la Danse du plus Grand et du plus Généreux des Hasards…
(2191)Ce qui peut sembler rebutant et demande à coup sûr de l’entraînement c’est que, pour mieux comprendre notre propre bêtise, il est indispensable d’observer attentivement celle des autres qui n’en n’est probablement pas très éloignée!
(2190)L’accumulation obstinée de n’importe quel savoir ne saurait augmenter mécaniquement et à elle toute seule notre propre bêtise, pas plus qu’elle ne saurait, tout aussi mécaniquement, nous permettre de la réduire un tant soit peu et encore moins de nous en délivrer…
(2189)Le Seul Nom possible d’un Dieu dont nous continuons à ne pouvoir dire s’il existe ou pas est cette case Vide qui, circulant entre les mots, voire entre les lettres, de chacune des langues dites naturelles ne cesse d’y laisser la trace d’une perpétuelle errance
(2188)Qu’est-ce qu’écrire sinon manifester, non peut-être sans une forme d’aveuglement, la prétention de se faire entendre par les sourds?
(2187)Le Vide est bien cette forme informe prise à chaque instant par le Néant pour accueillir autant que pour esquiver l’insaisissable et déroutante Danse du plus Grand et du plus Généreux des Hasards
(2186)L’Esprit des majuscules circulera toujours avec autant d’aisance que de distinction entre une indispensable réserve qui, privée de contrôle, pourrait tout de même le mener jusqu’à l’effacement complet et une Générosité dont l’excès ne pourrait qu’engendrer la plus regrettable des cacophonies.
(2185)Dans nos langues dites naturelles la linéarité du message permet d’accorder avec autant de subtilité que de précision l’écheveau du son avec celui des fils du sens venus croiser et recroiser ceux de la signification pour que puisse s’y faire enfin entendre le chœur indéfiniment déplacé d’improbables et parfois grinçantes harmonies…
(2184)L’art de vivre et même de bien vivre ne saurait survivre longtemps sans comprendre celui, tantôt discret et tantôt fort démonstratif, d’un art d’être méchant et si possible à bon escient!

(2183)Ce que nous appelons geste Originaire et Créateur aura bien été, dans l’impossible circularité de son Ouverture, bien plus que l’esquisse d’un Tout premier pas de Danse…
(2182)La vie est un théâtre auquel le Grand et Généreux Hasard a voulu que nous participions sans avant d’avoir pu lire notre rôle et sans pouvoir bénéficier d’aucune répétition!
(2181)Le Vide ne se montre ni moins généreux ni moins indifférent pour l’Accueil du temps qui vient que pour Celui d’un temps qui n’aura cessé d’emporter avec lui l’Insaisissable de la Présence
(2180)Il est parfois bien difficile de démêler la vrai pitié d’un mépris qui en prend volontiers le masque. De son côté l’admiration, qui ne va pas sans un certain courage, ne craint ni la joie, ni cette fierté légèrement enivrante qui l’accompagne presque inévitablement…
(2179)Que les non-encore-nés soient pour longtemps encore cette indispensable perspective d’Avenir pour une sensibilité que la nature n’aura donc cessé d’élargir et d’enrichir en nous et tout autour de nous pour la prolonger jusqu’au-delà des limites d’une irréversible et très fertile dispersion
(2178)Un roseau pensant, sûr de son ancrage, se laissera-t-il toujours courber dans la même direction que celle vers laquelle, immanquablement, se tourne la girouette grinçante?
(2177)Toute tentative de traduction exigeante ne peut que venir bousculer la langue dite de départ comme celle dite d’arrivée et ceci concerner l’ensemble des éléments de normativité ou d’usage propres à ces deux langues. Il s’agit en effet de ne s’en tenir ni au projet d’une traduction littérale ou littéralisante, ni à celui d’une absorption ou dilution de la langue de départ dans celle dite d’arrivée, mais bien d’engager un processus d’innovation réciproque et partagé. Ce processus implique en effet qu’interagissent constamment entre elles la lecture du texte dans la langue de départ avec sa traduction nouvelle dans la langue d’arrivée notamment en ce sens que la lecture de ce qui est déjà traduit puisse, à mesure, venir rétroagir sur la lecture de ce qui reste à traduire.
(2176)Et c’est ainsi que l’esprit, toujours aussi imprévisible et capricieux, continue d’engendrer ses propres métamorphoses, tournant et tournoyant juste au-dessus des lettres qui les sous-tendent…
(2175)Et nous continuerons de puiser dans nos propres vertiges tout ce qui nous a déjà permis de chevaucher en dansant ces forces obscures qui, en nous, nous travaillent à notre propre fragmentation, à notre propre émiettement, à notre propres dispersions…
(2174)Éternité d’un Vide dont l’Omniprésence restera jusqu’au bout l’Accueil le plus Généreux de tout ce qui est comme de tout ce qui n’est pas, n’a jamais été ni ne sera jamais
(2173)Ne cessant de tourner et de retourner autour du Vide nous n’en dessinons jamais que l’insaisissable Présence…
(2172)Comment expliquer cette volonté humaine si répandue, si constante de se trouver un maître pour s’y soumettre sinon par une envie pressante de juguler, de neutraliser, voire se débarrasser de l’enfant qui, en nous, continue ses jeux intrépides, capricieux ou provocants?
(2171)Seul l’autre comme Sujet pour accueillir nos improbables questions comme autant de réponses possibles à toutes celles qui pourraient bien ne jamais devoir être posées
(2170)Les généalogies naturelles de chacun, toujours si complexes, si ramifiées, seront toujours déjà bien plus riches et stimulantes que celles, sur l’autel d’une culture toujours prête à s’aveugler elle-même, sacrifient systématiquement une moitié de la ligne d’Horizon à l’autre!
(2169)Cette irrésistible inspiration qui nous vient d’avoir plus d’une fois dansé au bord du Vide est la Seule véritable Source d’un inattendu qui nous guette à chaque détour d’un indispensable et double labyrinthe à Ciel-Ouvert et à Claire-Voie…
(2168)Traces éparses, Seule mesure de nos errements à venir…
(2167)Aux anciens jeux du cirque c’est à la foule rassemblée que les victimes étaient contraints d’offrir directement le spectacle de leur martyr et de leur mise à mort. De nos jours nombreux sont ceux qui viennent, dans la joie et la bonne humeur, offrir leurs larmes au voyeurisme d’une foule de téléspectateurs anonymes…
(2166)La langue qu’il nous a été donné d’accueillir en s’y logeant est la Seule grâce véritablement nécessaire pour un Sujet dont l’Appel se trouve toujours déjà lancé au départ de chacune de ses questions…
(2165)La grammaire du je est inséparable de celle d’un tu qui n’est jamais bien loin et qui ne saurait être sans dommage ni évitée, ni contournée et encore moins remplacée…
(2164)La disparition de l’être cher inaugure un irréversible silence dans le moment même où la compassion qu’on éprouve pour lui et l’admiration qu’on lui porte résistent toutes deux déjà bien au-delà de cette même et tout aussi irréversible disparition