LAMPES DE POCHE

(279)La perspective d’une vie entièrement soumise aux implacables déterminations d’un impitoyable Destin pourrait-elle faire rêver à autre chose qu’à de merveilleuses et providentielles planches de Salut?

(280)Car c’est bien dans la mesure où elle intègre et régule d’innombrables processus de feed-back en réseau que la forme démocratique apparaît comme la réponse humaine collective la mieux adaptée face aux multiples et déroutantes surprises que ne cesse de lui préparer l’inconséquente et très Capricieuse Générosité du plus Grand des Hasards!

(281)L’incessante activité mentale et spirituelle dont nous sommes si fiers reste cependant bien volatile et frivole: ne suffit-il pas en effet de la permutation de deux syllabes ou de deux lettres pour qu’elle trébuche et se désoriente, change soudain de direction ou de sens avant de disparaître sans laisser d’adresse…

(282)L’insaisissable et Omniprésence d’un Vide aussi infiniment accueillant qu’éternellement indifférent aurait-elle donc été la Seule réponse possible de l’inconcevable Néant face à la très surprenante et très inventive Obstination Dansante du plus Grand et du plus Généreux des Hasards?

(283)N’y a-t-il pas quelque chose de résolument inquiétant dans l’idée que de simples machines pourraient un jour véritablement nous comprendre?

(284)Les Seuls vrais Sages dignes de ce Nom seront toujours ceux qui auront su donner à chacune de leurs vies respectives la forme d’une Unique et irremplaçable question.

(285)L’implacable aveugle et aveuglante Nécessité qui nous entoure, nous assiège et nous emporte aura bien été la Seule réponse véritablement décisive et définitivement Victorieuse de l’Inconséquente et très énergique Générosité du Grand hasard face aux éternelles esquives d’un inconcevable Néant

(286)L’insaisissable Présence du Présent dans le Temps ne serait-elle qu’un infime reflet de Celle, infiniment plus accueillante, de l’Éternité Vide hors de cette même et irréversible Temporalité…

(287)Car c’est bien grâce aux déplacements, croisements et recroisements constants de ses propres perspectives que l’esprit, toujours aussi imprévisible et capricieux parvient à se maintenir encore et encore dans l’Ouverture sur un indispensable et très inépuisable Au-delà de tous les Horizons possibles ou impossibles

(288)S’il est présomptueux d’affirmer qu’une Éternité Vide aurait nécessairement dû précéder l’énergique et victorieux surgissement du Grand et Généreux Hasard il ne le serait pas moins d’affirmer que cette même Éternité Vide aurait eu à s’y faire une place

(289)Que l’Energie qui nous assiège, nous habite et nous emporte reste pour nous l’Ingouvernable gouvernée!

(290)Le sens de l’Abîme est inséparable de cet abîme du Sens vers lequel nous n’auront manqué aucune occasion de nous précipiter tête baissée et sans jamais avoir pu en mesurer l’insondable profondeur

(291)De nos cris de douleur ou de nos gémissements de plaisir que dire sinon qu’il faudrait pouvoir se les écrire à même la peau…

(292)Nous qualifions volontiers d’inhumaine, quand on la remarque chez les autres, cette part ignorée de nous-même et qui, soudain, nous fait d’autant plus horreur qu’elle se présente comme la négation radicale de ces superbes idéaux grâce auxquels de prétendre à la dignité, au respect et à l’admiration de tous et surtout de nous-mêmes!

(293)De toutes nos passions celle de l’admiration en est bien l’une des plus précieuse mais aussi des plus dangereuses: une passion pleine de promesses mais dont il faut pourtant se méfier sans baisser la garde, sachant ruser quand la partie devient trop inégale.

(294)Le vrai maître n’est-il pas toujours celui qui a su se défaire à temps d’une très ancienne et très asservissante passion de la maîtrise?

(295)L’éternelle et Omniprésente Indifférence du Seul Grand Vide est tout autant le comble de l’Accueil que l’insaisissable et Silencieux écho d’un incontestable Néant

(296)Plutôt que de chercher en vain un moi qu’on imagine d’autant plus profondément enfoui qu’il ne cesse de nous échapper pourquoi ne pas se contenter d’habiter notre propre surface, quitte à l’enrichir d’un improbable réseau de signes, symboles, figures enlacées et autres tatouages plus ou moins colorés et tous plus inattendus les uns que les autres?

(297)La vraie et grande Musique est le Seul baume que nous appliquerons toujours avec succès sur les blessures à vif d’oreilles décidément trop exposées!

(298)Chaque fois qu’elle pousse notre sombre, avare et très calculatrice méchanceté à faire le beau notre inestimable bonté fait la preuve d’une de son incontestable et généreuse supériorité.

(299)Car ce n’est qu’après s’être suffisamment rapproché du fond qu’on peut, d’un seul coup d’un seul, remonter vers l’Unique surface aux mille reflets changeants…

(300)Toujours à nouveau chercher la phrase la plus justement formulée n’est-ce-pas toujours à nouveau creuser son propre Vide, creuser son propre silence, creuser son propre Vertige?