LAMPES DE POCHE

Élucidations

« La défaillance d’une vie est le passage à mille autres vies » Montaigne

« L’aléa n’est pas le jeu d’éléments positifs, il est l’ouverture infinie, à chaque instant renouvelée, de l’anéantissement » Michel Foucault (Dans Raymond Roussel)

« Au moment où nous croyons saisir le monde, comme il est sans nous, ce n’est plus lui que nous saisissons puisque nous sommes là pour le saisir. » Maurice Merleau-Ponty

Photographie Mathilde Forget

Quel point de départ pour cette tentative d’élucidation ? Soulignons pour commencer l’importance d’un écart rendu nécessaire par l’impossibilité rencontrée d’adopter et de développer le style et les procédures propres au « Discours universitaire », pour reprendre la formule de Lacan. Rappelons que, pour Lacan et selon sa formulation (Séminaire XVII « L’envers de la psychanalyse »), ce discours, associé au discours du maître, au discours de l’analyste et à celui de l’hystérique apparaît comme ce discours dans lequel le savoir, qui est d’abord et originairement le savoir philosophique en tant que celui-ci aurait originellement prétendu fonder la science, se retrouve à la place dominante, écartant tout en le représentant le maître lui-même. C’est à ce savoir dominant que l’étudiant est, dans l’institution, amené se soumettre et à soumettre son désir, par l’entremise de ceux qui portent ce même savoir en prétendant le représenter. Diverses procédures de tri, de sélection et de normes assurent le fonctionnement, le maintient et la reproduction de ce système (Tous « unis vers Cythères », selon l’expression de Lacan! ). Cette impossibilité de reconnaître un savoir prétendument scientifique ou aspirant à l’être en position dominante pour s’identifier en y soumettant son désir devint donc évidente pour moi au moment de me lancer dans une recherche universitaire dans le cadre d’un DEA de Philosophie à l’Université de Grenoble. Il est important de noter que cette impossibilité fut expérimentée et même ressentie au niveau même de l’écriture comme impossibilité d’adopter le style, les procédures d’écritures requises par un certain type de rapport à la Vérité. La réaction à cette impossibilité fut un écart qui me conduisit à me retourner vers l’écriture poétique. Renversement, retournement et sortie d’une logique particulière de discours cette écriture poétique, qui n’était pas complètement nouvelle pour moi, prit alors l’ascendant.

Je commencerai par distinguer trois période successives de cette écriture poétique, même si ces période se recouvrent partiellement, comme par un effet de tuilage, et même si c’est pour aboutir, aujourd’hui, à une écriture ouverte à la possibilité de faire cohabiter entre elles différentes manières ou formes.

La première période est marquée par l’usage de l’alexandrin, et, dans une moindre mesure, par celui de l’hexamètre. Je dirais volontiers que cette période fut celle d’un retour, ou, mieux, d’un saut dans la musique! La récitation mentale, la sanction silencieuse du vers pour trouver le bon rythme, les rimes ou les assonances appropriées, devint une pratique quotidienne. Écriture musicale donc. Le recueil A l’aplomb d’une étoile, dédié à ma femme Isabelle, qui était musicienne et se mettait chaque jour à son piano, en témoigne…

Ensuite, l’envie de me libérer d’un cadre prosodique devenu trop rigide me conduisit à l’écriture de poème courts. S’en sortir par la petitesse plutôt que par la grandeur. C’est à cette époque que je m’intéresse aux Haïku japonais lisant notamment l’ouvrage de René Sieffert Le haïkaï selon Basho – propos recueillis par ses disciples. Je lis également avec intérêt Éloge de la fadeur de François Jullien ou encore Vide et plein de François Cheng et découvre, dans notre propre histoire littéraire, certains auteurs de poèmes très courts, tout particulièrement ceux d’Émilie Dickinson. Cette nouvelle écriture fut poussée jusqu’au désir d’atteindre ce qui serait la forme poétique minimale, par analogie avec la recherche des constituants ultimes du langage menée en linguistique par Roman Jakobson. Significatif de cette tentative est le recueil L’hirondelle joue à l’élastique (illustré par les dessins minimalistes de Sabine Moreau). Cette tentative d’extrême brièveté poussée à sa limite comportant le risque d’aboutir à une sorte d’aphasie, de vide ou de silence poétique se produisit alors un nouvel écart de l’écriture.

S’en suivit une période de poèmes en vers très libres et dont la composition pourrait être dite construite/déconstruite/reconstruite. Il s’agissait de donner ou de redonner une forme suffisante au désordre ou au chaos auquel aboutit nécessairement à la fin le processus de déconstruction formel. S’y manifeste la présence fantomatique des formes du rondeau ou de la ballade mélancolique chers à Charles d’Orléans, et une façon de réintégrer par morceaux les formes de l’alexandrin, de l’hexamètre et du sonnet. A ce moment aussi réapparaît l’influence du Surréalisme ( cette négativité Da-Da transmutée par le Désir ) qui fut pour moi, à l’adolescence, une découverte et un choc, notamment grâce aux œuvres de Max Ernst, De Chirico, Yves Tanguy ou encore René Magritte dont certaines étaient visibles au Musée de Grenoble…Époque qui fut aussi celle d’une lecture des manifestes du Surréalisme d’André Breton ou encore du recueil de Tristan Tzara Le déshonneur des poètes. Les recueils Dans le gosier du temps , Quand l’Homme s’impatiente ou encore Éclats du deuil sont de cette veine.

D’une manière générale et à travers trois périodes qui d’ailleurs se chevauchent on peut dire que cette écriture, lyrique, est marquée par la présence / absence d’un(e) destinataire d’amour. Cette écriture poétique et lyrique va se mettre en retrait mais sans jamais complètement disparaître comme en témoignent les poèmes apparus plus récemment de Éclaircie en cours ou de En lisière… Se mettre en retrait donc et au profit d’une écriture par aphorismes ou par fragments. Ce nouveau changement ou écart de l’écriture doit être mis en relation avec la disparition brutale de ma femme, Isabelle, en 1995, et le travail de deuil qui s’en suivit. La différence première concernant cette nouvelle écriture étant que le destinataire change de nature ou de plan. Au destinataire lyrique volontiers personnifié succède un destinataire beaucoup plus anonyme et collectif ou général. Corrélativement c’est la nature du sujet de l’énonciation qui se transforme: au « je » comme son représentant dans l’énoncé se substitue, non sans une ambiguïté propre à la langue française, un « nous » ou un « on » plus collectif, plus impersonnel… Il s’agit donc d’une double transformation du sujet tant de l’énoncé que de l’énonciation, transformation aussi de l’horizon de l’écriture. Ce travail de transformation de l’écriture qui est donc aussi un travail de transformation par l’écriture et dans l’écriture, s’effectue donc en parallèle avec un travail de deuil, comme s’il s’agissait en fait d’un même processus. Même si subsiste une dimension de poéticité les thèmes philosophiques ou métaphysiques prennent alors l’avantage dans le vocabulaire et c’est l’unité grammaticale de la phrase qui, sur le plan formel, devient dominante.

Si c’est à ce moment, dans l’accompagnement d’une épreuve affective majeure, que cette écriture par aphorismes, volontairement fragmentaire, se met en place il faut noter que ce n’est pas la première fois qu’une telle forme a été tentée. J’avais en effet, étant encore étudiant, et probablement au moment où je lisais certains fragments attribués à Epicure, déjà développé une suite d’aphorismes consacrés à l’idée de justice, mais sans avoir pu persévérer. Plus tard je m’essayerai encore à des fragments d’inspiration surréaliste comme en témoignent les recueils Sous le ventre des papillons et Les trains qu’on peut tracer du doigt. Il est donc je crois possible de chercher plus loin dans l’enfance les origines de cette de cette forme particulière écriture: je vais en proposer trois.

La première de ces source est constituée par une expérience faite au cours de l’enfance et dont le souvenir, longtemps enfoui, a fini par resurgir, précisément avec l’écriture des Lampes de Poche. Cette expérience aurait pu être, souterrainement, à l’origine d’un certain nombre de thèmes ou d’orientations caractéristiques de la mélancolie et auxquels l’humour et l’ironie pourront être associés. Enfant j’ai découvert fortuitement la possibilité d’accéder à une émotion forte accompagnée d’une sorte de jouissance mental ou cérébral. Plaisir intense et fugitif. L’attrait de cette émotion et de ce plaisir, de cette jouissance, me fit chercher à la reproduire, ce qui fut d’abord possible, puis de moins en moins et je finis par oublier cette expérience infantile. Dans une perspective freudienne on considèrera qu’elle fut l’objet d’un refoulement. Mais quel était le contenu de cette expérience? Il s’agissait simplement de me concentrer sur l’idée ou la représentation d’un Univers tel qu’aucune conscience n’aurait pu en témoigner… Un univers privé de toute conscience de cet Univers. J’en ressentais un sentiment d’étrangeté accompagné d’une forme inédite de plaisir. Il me plait de noter qu’à l’époque j’étais abonné à une encyclopédie périodique pour enfant intitulée Tout l’Univers… tout un programme! Cet exercice de suppression de toute conscience est donc aussi un exercice de suppression de soi comme sujet ou conscience mais associé à une sorte de paradoxe ou de contradiction puisqu’il prétend tout de même maintenir la représentation d’un monde ou d’un Univers mais en tant qu’Univers privé de toute conscience pour en témoigner, y compris de toute conscience divine. Il est possible de penser que l’écriture, et particulièrement l’écriture fragmentée ou par aphorismes, sera venue ultérieurement provoquer le retour du souvenir refoulé de cette expérience infantile, érotique et intellectuelle. Cette écriture m’apparaît donc aussi comme un moyen trouvé ou retrouvé d’en ressaisir l’enjeu, de l’apprivoiser en en balisant ou en en bordant le champ.

La seconde source ou racine de cette écriture pourrait être également située dans l’enfance et associée à ma fréquentation de l’Église protestante réformée de Grenoble. C’est à cette Église que je dois, entre autre, la découverte de certains récits de l’Ancien Testament qu’on me proposait d’illustrer avec des crayons de couleur mais aussi, un peu plus tard, une sensibilisation à la question de la justice et de l’injustice dans le monde. Assistant parfois au culte protestant l’audition et le spectacle d’une parole ritualisée a sûrement aussi été essentielle pour moi et tout particulièrement en tant que témoignage d’une Vérité originaire et/ou ultime. J’ajouterai enfin la possibilité d’une influence dans le domaine de l’esthétique. Le style protestant donc. Concernant l’expression écrite un modèle de ce style ne s’est-il pas trouvé affiché et comme concentré dans les 95 thèses placardées par Martin Luther sur la porte de l’Église de Wittenberg le 31 octobre 1517? La persistance de cette influence en partie devenue souterraine, avec sa dimension morale insistante, a pu resurgir assez clairement dans certains des poèmes de mon premier recueil intitulé Nuit (1)

Une troisième source enfin pour noter l’importance d’une expérience particulière et précoce de privation de parole sous une forme que je résumerai par la formule: « parole coupée »! Bien sûr il y a très sûrement, au départ, un contexte familial « œdipien » avec le repas ritualisé et scène et sa mise en scène quotidienne… Je précise que cette expérience de « parole coupée », la formule la plus juste étant « avoir la parole coupée avant même d’avoir pu achever la première phrase », ne révéla de façon claire qu’après coup son caractère de violence psychique insupportable et répétitive. Une parole non formellement interdite donc mais constamment exposée à être interrompue à peine commencée, coupée à la racine…En réaction d’abord symptomatique à cette situation quoi mieux alors que l’écriture et, plus précisément, une écriture grâce à laquelle chaque phrase peut être longuement et même indéfiniment reprise et transformée, étirée ou contractée. Les aphorismes de mes Lampes de poche ont été longtemps cantonnés dans l’espace d’une seule et unique phrase apparaissant alors comme un véritable univers en miniature dont il s’agirait d’explorer les ressources. Cette écriture peut donc être considérée comme un symptôme, un symptôme qu’il ne s’agirait pas de supprimer au moyen d’une quelconque guérison mais plutôt de transformer voire de transmuter grâce au travail de l’écriture… La prise de conscience de l’origine symptomatique de cette écriture a en effet permis d’en jouer avec plus de liberté, jusqu’à pouvoir, le cas échéant, sortir de la limitation formelle de la phrase…

Ces aphorismes ont été rapidement associée au titre général de Lampes de poche avec comme sous-titre Petite mythologie du Grand Hasard. Le choix d’un titre en forme de métaphore indique la présence de la dimension poétique tandis que la référence à la lumière indique une intention ou une orientation intellectuelle d’éclaircissement n’écartant pas les paradoxes. L’image de la « lampe de poche » suggère en outre un objet de dimension réduite, facilement transportable, maniable et souvent utilisé en camping. Le sous-titre mentionne le « Grand Hasard » qui est un des thèmes majeurs tandis que le choix d’une référence à la mythologie indique qu’il ne s’agit pas de construire un système rationnel mais plutôt de se tenir au seuil d’un tel système, sans l’exclure ou l’interdire, mais en ouvrant aussi la perspective du poétique. L’ensemble tend à préserver une structure logique de fond, comme c’est le cas pour les mythes, qui s’y appuient pour ouvrir à des variations ou transformations successives. Les aphorismes concernant ce Grand Hasard ont été marqués en gras pour en souligner l’importance, un peu comme s’il s’agissait des « axiomes » du système. Le Grand Hasard est en outre souvent qualifié de Généreux, ce qui implique la projection une dimension morale anthropomorphe justifiant bien alors la référence à une « mythologie ». L’ensemble des Lampes de poche se présente comme l’enchaînement, déroulement et croisement d’un certains nombre de thèmes à résonance philosophique représentés par certains mots ou signifiants privilégiés susceptibles, par-delà la discontinuité apparente de la succession des aphorismes, d’entrer en résonance les uns avec les autres. L’ordre chronologique de l’écriture a été globalement maintenue en respectant les surprises, les zig-gags et les écarts de l’inspiration…L’ensemble se présente comme une sorte de « suite », terme évoquant la musique mais pouvant aussi rappeler la danse. Envisageant cette composition l’image globale d’une sorte de tissage m’est aussi apparue convenir, avec ses fils apparaissant puis disparaissant pour réapparaitre plus loin..

L’un des enjeux importants de ce travail d’écriture est, entre autres, la tentative qui s’y manifeste d’y promouvoir la dimension de la synchronicité relativement à celle de la diachronie. Du point de vue de la mise en page l’écriture en tant que trace durable déjà permet une mise en avant de la synchronicité laquelle apparait clairement dans la manière dont l’écriture mathématique en use avec ses figures et ses symboles particuliers. L’écriture alphabétique, contrairement aux écritures pictographiques ou idéographiques, tend à effacer cette dimension dans la mesure où elle se présente comme un sorte de projection de la parole qui, elle, est bien prise dans la dimension du déroulé diachronique. Il s’agit donc d’un effort ou d’une tentative pour restituer ou promouvoir cette dimension de synchronicité.

Par quels moyens?

D’une part on pourrait dire que le déroulé diachronique d’une lecture linéaire est constamment entravé sinon même brisé par la brièveté des aphorismes et la variation des thèmes abordés, même si cette variation ou cette fragmentation suit en grande partie la chronologie de l’inspiration et se maintient dans le cadre d’un ensemble assez déterminé de thèmes… Ce morcellement est ensuite utilisé au niveau de la mise en page pour permettre la coexistence synchronique d’un ensemble restreint d’aphorismes. Au niveau d’une page les aphorisme se présentent les uns au-dessus des autres. Au moment du travail d’écriture et de réécriture c’est même l’unité d’une double page en vis-à-vis qui a fini par s’imposer. La présence d’une double page permet de tisser un réseau de relations synchroniques entre une dizaine d’aphorismes différents. Dans cet espace de présence ou de coprésence la lecture, qui d’ailleurs en tant que relecture immédiate accompagne toujours l’écriture, n’est pas complètement astreinte à la linéarité syntagmatique du message. C’est la pratique d’un écart constamment maintenu entre les aphorismes successifs qui favorise la promotion de cette dimension de synchronicité dans l’espace de la page ou de la double page. Cette coexistence dans le même espace offert au regard crée un réseau de relations synchroniques, un peu comme cela se passe pour un tableau ou un dessin ou encore pour les graphes ou les systèmes d’équations en mathématique, ou encore pour les partitions de la musique dite savante. Cette disposition met en valeur les espaces blancs ou vides séparant les différents aphorismes, espaces pouvant aussi valoir comme autant de silences et d’ouvertures sur l’inconscient… Dans mon travail à l’ordinateur j’ai fini par utiliser, pour les majuscules débutant chaque aphorisme, la police de caractère Broadway, un petit air de fête et de musique associé à ce nom n’étant pas étranger à ce choix typographique! Pour le reste du texte j’ai utilisé le caractère Tempus Sans ITC

En outre un des aspects important de cette expérience d’écriture aura été de favoriser un travail devenu régulier de ré-écriture. Comme reprise régulière de ce qui a déjà été écrit cette pratique apparaît comme une manière de replier périodiquement le déroulé diachronique de l’écriture et de la lecture qui lui est associée sur la dimension synchronique persistante de l’ensemble des pages… C’est de la pratique régulière de cette reprise que naissent de nouvelles inspirations conduisant tantôt à la transformation d’un aphorisme préexistant et tantôt à l’apparition d’un nouveau. D’une manière générale cette synchronicité concerne la dimension intellectuelle des aphorismes tout autant que leurs dimensions poétique ou sémantique, sonore ou visuelle (2).

Un tel effort d’articuler synchronie et diachronie n’est certes ni nouveau ni absolument original. Dans la culture occidentale on peut penser aux manuscrits enluminés du Moyen-Age et notamment à l’importance qu’y avaient prises les lettrines placées en tête du texte. Ou encore, plus près de nous, aux Calligrammes publiés en 1918 par Apollinaire ainsi qu’à toutes les expérimentations de typographie et de collage du Surréalisme et de Dada. La peinture contemporaine elle-même tend parfois à se transformer en une sorte de rébus, comme entre autres l’œuvre de Basquiat, elle-même inspirée de l’art des tagueurs de rue… La bande dessinée, de son côté, repose sur une coexistence du texte et du dessin qui permet d’ouvrir à de nouveaux… Pensons par exemple aux aventures de Little Nemo in Slumburland, crées par WinsorMcCay et apparues le 1° octobre 1904 dans le Herald Tribune. Quittant notre propre histoire culturelle occidentale on pourra alors penser aux relations entre écriture calligraphiée et peinture ou dessin dans l’art d’Extrême-Orient, particulièrement en Chine ou au Japon, et remarquer que toute langue idéographique repose sur la synchronicité des éléments distincts constitutifs d’un même idéogramme(3). Ce qui reste en partie vrai pour les hiéroglyphes Égyptiens…

En mai 2020, à la fin du premier confinement dû à la pandémie mondiale, j’ai mis en place un blog pour que l’écriture des Lampes de Poche puisse y prendre place. J’ai rapidement associé la publication en ligne de ces Lampes de Poche d’une part à des photos et, d’autre part, à des textes d’auteurs susceptibles de les accompagner. Outre mes aphorismes d’autres de mes propres textes sont venus s’y ajouter peu à peu, le premier étant un texte de 1995 intitulé La lettre et/ou l’esprit (Notes sur le Surréalisme). Finalement c’est l’ensemble de ma production de poèmes qui sera venue prendre place dans ce blog. Concernant les textes d’autres auteurs j’ai commencé par de courtes citations faisant écho à l’art de l’aphorisme puis je me suis mis inclure en les recopiant des textes plus longs rangés dans une Bibliothèque portative. Le premier de ces textes dépassant la simple citation fragmentaire fut un ensemble d’extraits des Méditations pascaliennes de Pierre Bourdieu. J’ai le projet d’inclure un jour les citations de Pascal correspondantes. Les textes copiés constituent donc un accompagnement et un environnement, un entourage, tout particulièrement pour des Lampes de poche qui elles-mêmes se sont constituées en un « univers de discours » (4).

J’ai, depuis tout jeune, à la suite ou à la poursuite de mon père, pris des photos en amateur et c’est assez naturellement que j’ai utilisé la possibilité de les inclure dans le blog : chaque photo n’est-elle pas elle-même un morceau ou fragment du monde? J’ai associé ces photos directement aux différents textes mais aussi en en regroupant certaines, sous l’onglet Album, dans le déroulement d’une sorte de frise ou de mosaïque et ceci dans les limites imposées par la technique. Quelques auto-portraits s’y sont peu à peu glissés principalement sous forme d’ombres ou de reflets… Certaines de ces photos, plus spécialement dédiées à la musique, ont également pris place sous l’onglet De la musique avant toute chose…

D’une manière générale la mise en place de ce blog a apporté de nouvelles conditions d’écriture et de diffusion. D’abord une possibilité de mettre à la disposition d’un nombre indéterminé de lecteurs potentiels, dans une même mise en page globale et synchronisé, un ensemble évolutif de textes et de photos. J’ai mis un certain temps à accepter de soumettre des textes récents à ces conditions particulières. Dans le même temps que je mets en ligne, en les retravaillant et en les numérotant(5), d’anciens aphorisme je me suis mis à placer les derniers dans une rubrique spéciale dénommée A l’affiche. Par ailleurs l’écriture de poèmes étant réapparue j’ai fini par les présenter en les rassemblant sous le titre En Lisière… Des tentatives plutôt humoristiques de calligraphie et/ou collage ont également pris place dans la rubrique Avatars… Le texte La lettre et/ou l’esprit (Notes sur le Surréalisme), placé dans la rubrique Textes/Récits/Fictions, est maintenant accompagné d’autres de mes propres textes, plus récents, et en particulier celui consacré à Décoïncidence et mélancolie……

Notons pour finir une seconde nouveauté d’importance: bien que ces textes soient affichés ou publiés demeure constamment la possibilité de les modifier… voire de les supprimer!

(1) Voici ce poème :

"Mai que cet habit pèse avec son accent grave
sur votre dos courbé de sévère censeur
lorsqu'à l'heure critique vous montrez la sanction
et qu'un lent mouvement désignant la maxime
que vous fîtes graver sur le fronton du temple
de votre voix profonde comme un gouffre creusé
vers les eaux telluriques vous en marquez le sens"

Poème que je résiste pas à rapprocher de ces deux thèses de Martin Luther:

"Nul n'est certain de la vérité de sa contrition; encore moins peut-on l'être de l'entière rémission." (30)
Il faut enseigner aux chrétiens que celui qui voyant son prochain dans l'indigence, le délaisse pour acheter des indulgences ne s'achète pas l'indulgence du Pape mais l'indignation de son Dieu." (45)
On pourrait citer d'autres poèmes de ce même recueil, en particulier celui consacré à l'Abbaye du Thoronet, ou encore cet autre qui évoque, comme un clin d’œil, le vol d'un "parpaillot pressé"....

(2) Roman Jakobson (1896 – 1982) s’est attaché à définir linguistiquement la fonction poétique du langage. Il obtient cette définition en se basant sur la distinction entre « sélection » et « combinaison ». La sélection renvoie à la synchronie en tant qu’elle suppose de choisir entre les éléments d’un ensemble de formes linguistiques disponibles, en général pour une même langue à un moment de son histoire, tandis que la combinaison impose à ces choix l’orientation diachronique de la contiguïté linéaire des éléments du message: « la sélection est produite sur la base de l’équivalence, de la similarité et de la dissimilarité, de la synonymie et de l’antonymie, tandis que la combinaison, la construction de la séquence repose dur la contiguïté. La fonction poétique projette le principe d’équivalence de l’axe de la sélection sur l’axe de la combinaison. » (Linguistique et poétique in Essais de linguistique générale 1 Minuit)

(3) A ce sujet et en préambule à d’autres lectures sur le même sujet on peut se reporter au beau texte de Claude Lévi-Strauss intitulé Sengaï, l’art de s’accommoder du monde, texte publié dans le recueil Écrits sur le Japon.

(4) La notion d' »univers de discours » est apparue dans l’histoire de la logique avec les travaux du logicien et mathématicien anglais Auguste de Morgan (1806-1871). Ce mathématicien contribua de manière décisive, entre autres avec Georges Boole, à la mise en place de l’algèbre algorithmique moderne.

(5) En dotant chacun de mes aphorismes ou fragments d’un numéro j’ai le sentiment de leur donner un certificat d’existence et comme l’autorisation de s’échapper pour aller où bon leur semble