LAMPES DE POCHE

(1163)Qu’elle en soit ou non consciente, qu’elle l’accepte ou ne l’accepte pas notre incessante et si nécessaire activité cérébrale est assez comparable à celle qui, de jour comme de nuit pousse certaines araignées à tisser et à retisser inlassablement leurs toiles pour, à chaque fois, les décorer de leurres astucieux!

(1164)La Seule vraie et Ultime folie du Sage ne serait-elle pas de ne jamais se sentir si bien que confortablement installé au beau milieu de tous les carrefours, croisements et autres bifurcations?

(1165)Car c’est à force d’avoir à creuser et à recreuser chacune des galeries du terrier, car c’est à force d’avoir à faire et à refaire l’indispensable circularité du nid qu’on finira par reconnaître l’inestimable valeur de l’un comme la non moins inestimable valeur de l’autre…

(1166)Certains heureux arrangements de mots recueillis aux détours de notre indispensable et double labyrinthe à Ciel-Ouvert et à Claire-Voie ne nous auraient-ils donc été offerts que pour nous permettre d’y déposer peu à peu et en toute discrétion une très précieuse collection de petites virgules toutes plus délicates et légères les unes que les autres?

(1167)Notre magnifique cerveau n’est bien évidemment qu’un modèle réduit, infiniment réduit de cet immense Univers dont nul, pas même en pensée, ne fera jamais le tour

(1168)Si la nature avait vraiment horreur du Vide l’Esprit n’en serait que plus enclin encore à fuir, dansant, tournant et virevoltant au-dessus de sa propre Vacuité

(1169)L’apparente et trompeuse individuation dont nous nous réclamons pour mieux nous affirmer en nous distinguant n’est bien sûr au fond qu’un des nombreux détours dont se sert l’indispensable et victorieuse Énergie du plus Grand et du plus Généreux des Hasards pour mieux nous traverser, nous emporter et finir par nous disperser aux quatre coins d’un Univers aux innombrables métamorphoses…

(1170)Tentant toujours à nouveau et toujours avec la même obstination de comprendre notre propre bêtise n’en augmentons-nous pas ainsi régulièrement et sans toujours nous en rendre compte nos chances d’approcher enfin de l’illumination négative?

(1171)Notre esprit si délicat et, au fond, si vulnérable semble bien condamné à se sentir tiraillé entre les innombrables et parfois si délicieuses particularités de circonstances aussi singulières que changeantes d’une part et, d’autre part, la poursuite exaltante et exaltée d’un Idéal aussi abstraitement Universel qu’irrémédiablement inaccessible et, pour finir, quasiment vidé de tout sens comme de toute signification

(1172)La pensée du début ne réussit à se saisir elle-même qu’en y renonçant; celle de la fin ne le réussit qu’en s’y évanouissant

(1173)L’insondable Générosité du plus Grand des Hasards a fait de l’implacable Nécessité qui nous aveugle et nous emporte cette marionnette agitée, secouée et ballottée dans l’interminable et bouillonnant sillage d’un Originaire et très inattendu Coup de Dé…

(1174)Une heureuse Ouverture sur les innombrables possibilités de l’Horizon n’aura cessé de nous maintenir en équilibre à l’exacte intersection entre notre labyrinthe intérieur et notre labyrinthe extérieur et ceci juste au-dessus d’un Vide aussi infiniment accueillant qu’éternellement indifférent

(1175)Définitivement imprévisible et capricieux notre indispensable et double labyrinthe à Ciel Ouvert et à Claire Voie n’en répercute pas moins à tout moment et le plus innocemment du Monde les inavouables secrets d’un insondable et déroutant Passé…

(1176)Pas d’autre issue que de plonger au cœur même de cette implacable, aveugle et aveuglante Nécessité qui, pourtant, ne se maintient dans la course que ballottée, secouée et tiraillée par une énergique, Omniprésente et Souveraine Contingence aux multiples Visages…

(1177)Lequel de nos imperceptibles tremblements et minuscules mouvements d’humeur serait encore possible sans le généreux Débordement d’une Energie qui ne nous traverse que pour mieux nous emporter et ne nous consume que pour mieux nous disperser jusqu’Au-delà de tous les possibles de l’Horizon?

(1178)Cet incessant ballet d’innombrables et vertigineuses apparences n’aurait jamais eu la moindre Chance de déployer ses fastueuses draperies sans ce perpétuel débordement d’une Énergie qui, depuis le tout début, n’aura cessé d’entraîner jusqu’au-delà de tous les possibles de l’Horizon…

(1179)Face à l’Inconcevable d’un Néant qui n’est que de n’être pas, face à l’Omniprésence d’un Vide qui n’a de cesse de se dérober, c’est au prix d’une perpétuelle tension entre attraction et répulsion, fusion et fragmentation, dispersion et réunification que le plus Grand des Hasards n’a pas fini d’exécuter pour nous sa formidable et Généreuse Danse Cosmique!

(1180)Le totalitarisme, tout comme son frère jumeaux le despotisme, sait parfaitement, si les circonstances l’exigent, porter le masque rassurant de la démocratie; nulle démocratie qui ne finisse par se perdre en s’affublant, ne serait-ce qu’un moment,, de celui du despotisme ou de son frère jumeau!

(1181)Les innombrables perspectives ouvertes sur notre labyrinthe intérieur n’auront donc cessé de croiser et de recroiser celles qui s’ouvrent sur notre labyrinthe extérieur et ceci toujours à nouveau dans Celle d’un Seul, indispensable et toujours très imprévisible Au-delà de tous possibles de l’Horizon…

(1182)La convergence comme la divergence sont deux perspectives possibles sur le croisement qui, lui, n’en restera pas moins et jusqu’au bout la plus convaincante et la plus attachante célébration de leurs interminables noces…