LAMPES DE POCHE

(24) – Qu’on l’imagine lente ou bien au contraire brutale la perspective d’une disparition totale et définitive de l’Humanité ne devrait surtout pas entamer notre légendaire bonne humeur ni décourager notre quête obstinée d’une Sagesse sans amertume ni regrets

(25) – Les rêves qui agitent nos nuits font de chacun d’entre nous l’auteur parfois cruel, le metteur en scène souvent très surprenant et l’acteur assurément protéiforme d’une extravagante théâtre intérieur dont la plupart des représentations ne nous en resteront pas moins définitivement cachées.

(26) – Pitié ou jalousie n’est-ce pas en les supposant libérés de toute question que nous entretenons avec les animaux une relation pleine d’ambivalence et d’incompréhensibles excès?

(27) – Aucun droit de propriété ne saurait valoir face à un immense, inexplicable et très incontrôlable Devenir aussi formidablement Créateur que très généreusement chaotique et très aveuglément destructeur !

(28) – Serions-nous donc si éloignés de l’Origine que nous ne pourrions en être les Singes ?

(29) – Chaque fois que nous nommons l’Origine nous accomplissons la Contingence au cœur même de l’une de ces langues dites naturelles qui ne nous habiteront jamais que pour mieux nous tourner, nous retourner et nous mettre cul par dessus tête avant de nous projeter vers les innombrables bifurcations de notre indispensable et double labyrinthe à Ciel Ouvert et à Claire Voie…

(30) – Notre plus grande folie et assurément la plus réjouissante est bien de croire que l’Univers jamais n’épuisera la Source de ses imprévisibles, tournoyantes et bien sûr aussi très stupéfiantes métamorphoses …

(31) – En faisant de temps à autre un minimum d’effort pour regarder tel ou tel des objet de notre environnement le plus familier comme s’il était la plus étrange ou la plus exotique curiosité on se paye le luxe d’un dépaysement immédiat, gratuit et sans les inconvénients du décalage horaire.

(32) – A la racine de notre faculté de juger il y a tout un univers de sympathies et d’antipathies, de goûts et de dégoûts, d’attirances ou de répugnances que nous pouvons bien continuer à expérimenter mais sans jamais pouvoir espérer en faire complètement le tour et encore moins en prendre l’exacte mesure …

(33) – En de certaines circonstances pas nécessairement très extraordinaires les mêmes paroles peuvent, exactement au même moment, provoquer d’un côté le rire voire le fou rire et de l’autre une souffrance aussi subtile que profonde et durable …

(34) – Si on avait le pouvoir de choisir certaines de nos lâchetés pour les effacer de notre mémoire l’hésitation ne risquerait-elle pas de se prolonger longtemps?

(35) – C’est par un acte de nomination indéfiniment réitéré que l’esprit, toujours aussi héroïque, imprévisible et définitivement capricieux tente de relever le défi que constitue pour lui les innombrables inconséquences du plus Grand et du plus Généreux des Hasards

(36) – Car c’est aux ailes d’élégantes métaphores que s’accrochent nos intuitions les plus légères, les plus inspirées et bien sûr aussi les plus fécondes…

(37) – Progressivement affranchie de certaines contraintes naturelles la pulsion sexuelle n’aurait pas manqué d’entrainer l’animal humain vers une telle dispersion qu’une tendance à l’idéalisation n’a pas manqué de se manifester bientôt comme un indispensable correctif.

(38) – Totalement vain et assez présomptueux de ne compter que sur nos idées fixes pour nous mettre à l’abri d’un Devenir aussi formidablement destructeur qu’indiscutablement, généreusement et définitivement créateur!

(39) – Il nous faut à tout prix garder un œil protecteur et bienveillant sur l’enfant frondeur, espiègle et turbulent qui, en nous, continue ses jeux intrépides et volontiers provocateur.

(40) – Dès qu’elle eut reconnu l’Univers comme son indispensable et magnifique enveloppe la conscience, toujours à nouveau prête à se convaincre elle-même de inestimable Valeur ne cessa de lui imaginer le plus flatteur des destinateurs comme la plus enviable des destinations

(41) – S’efforçant de s’accrocher aux lettres écrites l’esprit, toujours aussi follement entreprenant, imprévisible et capricieux tente encore une fois de se donner une prise sur sa propre impermanence comme sur sa prochaine fragmentation ou dispersion…

(42) – Nombreux sont ceux qui resterons jusqu’au bout persuadés que l’Immense Univers dont nous observerons encore longtemps les vestiges lumineux n’a pu être conçu, et ceci depuis l’Origine, que pour devenir le fabuleux terrain de jeu et d’expérimentation d’une espèce à l’orgueil aussi démesuré qu’indiscutablement fort présomptueux!

(43) – L’Insondable et très inconséquente Générosité du plus Grand des Hasards pouvait-elle faire mieux que ce Don d’une énergie qui, depuis le Tout Début, ne cesse d’alimenter pour nous, en nous et tout autour de nous ce formidable jaillissement d’une infinité de très tournoyantes, très tourbillonnantes et très vertigineuses métamorphoses?

(44) – D’interminables bavardages ne sont-ils pas et plus souvent qu’on ne croit un déguisement de fortune improvisé à la hâte pour dissimuler d’insignifiantes réponses à des questions qui n’ont pas même encore été posées?

(45) – L’avenir de l’humanité reste et restera jusqu’au bout suspendu à son incontestable, inépuisable et providentielle capacité à anticiper pour l’embellir en la maquillant pour la rendre méconnaissable la très dérangeante perspective d’une totale et irréversible disparition

(46) – Que n’élargissons nous résolument l’Amour exclusif et jaloux d’une langue dite maternelle à celui de toutes les autres, c’est à dire au fond d’abord à Celui des innombrables et vertigineux sauts, passages ou bondissement rendus alors immédiatement possibles de chacune de ces langues vers chacune des autres!

(47)Aucun oubli n’effacera jamais des coins les pus éloignés ou les plus reculés de l’inextricable réseau de nos neurones enchevêtrés toutes ces marques, traces ou autres imperceptibles blessures encore à vif où ne cesse de venir s’abreuver un très intime, très sombre et très coriace ressentiment.

(48) – L’adoration exclusive et fanatique d’un Dieu Unique, Tout puissant et providentiel dont témoignent si intensément les gesticulations parfois violentes de la foule n’est au fond qu’un appel désespéré adressé à Celui dont on ne sait s’il existe mais dont on exige pourtant qu’il nous libère enfin de la Question