LAMPES DE POCHE

(820)Nous n’aurons donc cessé de franchir, tantôt dans un sens et tantôt dans l’autre, cette frontière toujours déplacée séparant le Sens de ce qui ne peut que lui échapper dans le sillage d’un insaisissable et joyeux Non-sens…

(821)Toujours à nouveau face à l’inconcevable Néant et toujours au beau Milieu d’un Vide aussi infiniment accueillant qu’éternellement indifférent Rien sinon l’inépuisable Danse du plus Grand et du plus Généreux des Hasards!

(822)Car c’est assurément parce qu’elle sont chaque fois toujours aussi uniques, toujours aussi indispensables et toujours aussi fragiles qu’il est si important que chacune des nombreuses petites virgules dont on aime tant à tracer la marque soit placée avec le plus grand soin à l’exacte bonne distance de chacune des autres…

(823)Le Néant sur lequel nous ne pouvons nous empêcher de faire au moins semblant de méditer n’est certes pas rien puisque, sans lui, comment concevoir ne serai-ce que pour un instant la possibilité d’un Vide si indispensable à tous nos écarts, pas de côté et soudains volte-face?

(824)On ne se donne sûrement pas le meilleur moyen d’approcher de l’Ultime et bienheureuse Sagesse en remettant toujours à nouveau le Cap, soit sur ce qu’on croit qu’elle est déjà, soit sur ce qu’on s’obstine à croire qu’elle est encore

(825)Bien que les meilleures réponses ne puisse que provoquer rapidement de nouvelles questions les meilleures de celles-ci sauront toujours se maintenir suffisamment longtemps à bonne distance de ces réponses qui, pleines d’impatience et de bonnes intentions finissent trop souvent par les étouffer!

(826)L’inconcevable du Néant se dissimulera toujours avec succès derrière l’Omniprésence d’un Vide aussi infiniment accueillant qu’éternellement Indifférent

(827)Pour tout esprit maladivement en quête d’un Sens qui, pourtant, ne cesse de lui échapper l’humour et la fantaisie resteront longtemps les Seules thérapies envisageables face aux surprises parfois si déroutantes que lui réserve déjà une inépuisable, inconséquente et très Originaire Contingence aux multiples Visages

(828)Le langage est bien ce qui, constamment, nous masque et nous démasque, nous compose, nous décompose et, déjà nous recompose et jamais sur le même refrain, et jamais sur la même musique!

(829)Peut-il se dire sérieusement en quête de l’Ultime et bienveillante Sagesse celui qui n’a pas même une fois éprouvé l’envie de rédiger lui-même et en urgence un manuel de savoir vivre à l’usage des idiots?

(830)Quelle Sagesse pour accueillir à sa juste valeur cette minuscule et incompressible jouissance que ne manque jamais de provoquer en nous le déplacement ou la permutation d’une ou deux lettres, l’effacement d’une autre ou bien encore l’inscription furtive de la plus innocente virgule?

(831)Vue des plus lointaines galaxies cette insatiable quête de sens qui, sans relâche, nous pousse à l’exécution de tant de spectaculaires acrobaties mentales ou spirituelles pourrait bien n’apparaître à la fin que comme l’une des innombrables et très inconséquentes Générosité du plus Grand et du plus vertigineux des Hasards…

(832)L’énergique Hasard, s’étant immédiatement doté d’une aveugle et aveuglante Nécessité n’eut alors de cesse de se projeter lui-même encore et encore, dansant, tournant et tourbillonnant vers l’inépuisable suite de ses propres et stupéfiantes métamorphoses…

(834)Sachons chérir notre douleur non comme le ferait un Sombre pénitent mais, bien au contraire, comme un révolté ou un insurgé n’ignorant ni l’impétueuse nécessité de la Colère, ni l’indispensable Générosité de l’Oubli

(835)Car c’est peut-être bien dans l’échange et le partage d’un invraisemblable et réjouissant Non-sens qu’est inscrit le principe de toute véritable rencontre, de toute véritable reconnaissance, de toute véritable compréhension…

(836)L’art de vivre, qui est aussi un art de survivre en progressant dans l’inextricable réseau des innombrables galeries de notre indispensable et double labyrinthe à Ciel Ouvert et à Claire Voie dépendra toujours très étroitement de cette faculté d’utiliser au bon moment et surtout au bon endroit la technique subtile et subtilement généreuse de la vacuité mentale et du complet désœuvrement

(837)Car c’est assurément grâce à cette Seule Sagesse dont il nous a déjà été permis de flairer l’enivrant parfum qu’il nous sera possible de cultiver jusqu’au bout l’art d’un très intime, très nécessaire et très fidèle égarement…

(838)Les hommes sont assurément des singes suffisamment astucieux pour n’avoir cessé d’imaginer toutes sortes d’explications plausibles et de significations flatteuses aux nombreuses péripéties d’une histoire qu’ils auront trop souvent partagée dans les larmes et dans la douleur pour se contenter de n’en être que d’anonymes figurants ou de simples marionnettes!

(839)Toujours à nouveau dans l’imprévisible réseau des innombrables galeries de notre indispensable labyrinthe et toujours à nouveau pour que l’air, le vent et la lumière y trouvent plus que leur dû.

(840)Si les Lumières sont au pluriel que leurs Ombres ne le soient pas moins!

(841)Si, par inadvertance, négligence ou étourderie on se retrouvait encore une fois au pied du mur se rappeler qu’il est toujours possible de s’y arrêter pour s’y assoir, s’y reposer, et parfois même s’y allonger les yeux fermés…

(842)Parmi tous les mots toujours à nouveau possibles le Seul qui manquera jusqu’à la fin n’est autre que ce Seul, Unique et Grand silence qui n’aura donc cessé de les entourer ou de les enlacer pour mieux les effacer, les diluer ou les absorber

(843)Car c’est assurément à l’imprévisible et inconséquente Générosité du plus Grand des Hasards que nous devons tous ces magnifiques élans qui, régulièrement, nous précipitent tête baissée et les yeux fermés vers la suite des innombrables galeries, carrefours et autres bifurcations de notre imprévisible et double labyrinthe à Ciel Ouvert et à Claire Voie.

(844)La Seule vraie folie de l’Ultime et bienveillante Sagesse n’est d’abord et avant tout que de se maintenir encore et toujours au beau milieu de son Ouverture sur l’impossible, l’invraisemblable et l’incalculable

(845)Pour continuer à ignorer ou à feindre d’ignorer sa prochaine disparition l’Humanité devra impérativement intensifier et répandre toujours plus largement une production déjà très appréciée et lucrative de narcotiques en tous genres et autres improbables stupéfiants.

(846)Le véritable génie, Seul capable de donner à son propre chaos les apparences du Grand Art restera jusqu’au bout cet acrobate égaré, dansant et virevoltant sans relâche au beau milieu d’un Vide aussi infiniment accueillant qu’éternellement indifférent

(847)Les caresses qu’on partage parfois avec une conviction si contagieuse font de la peau de l’autre la plus souple et la plus douce, la plus chaude et la plus vivante des parois de notre indispensable, imprévisible et double labyrinthe à Ciel Ouvert et à Claire Voie…

(848)Puisque tout porte à croire que la méchanceté continuera de tromper son ennui en s’acharnant sur les comptes alors que la falsification, le détournement ou la fraude deviennent des armes entre les mains de notre indispensable et généreuse bonté!

(849)Les incessants et déroutants chassés-croisés du Sens avec son inséparable et joyeux Non-sens ne se cultivent, ne se partagent et ne s’échangent avec bonheur et profit que dans le partage d’une très réjouissante infidélité!

(850)Il semblerait que le Rien soit un peu pour notre labyrinthe intérieur ce que le Vide était déjà et même depuis le tout début pour notre labyrinthe extérieur