LAMPES DE POCHE

Encre réalisée pour les « Lampes de poche » par Agnès Rainjonneau artiste plasticienne

« On retrouve donc, au niveau des recherches portant sur la construction rythmique de la phrase, la concurrence entre les deux tendances qui commandent ainsi qu’on l’a vu, tout le problème de l’ordre des mots: une tendance intellectuelle et une tendance affective, la première visant à une présentation logique, adaptée à l’entendement de l’interlocuteur, la seconde fondée sur la recherche de l’expressivité. Cet examen des ressources offertes par une langue à l’usager en général, et à l’écrivain en particulier, pourra servir d’introduction à l’un des points essentiels de l’analyse stylistique, l’étude de la phrase considérée comme une organisation musicale et logique. » Frédéric Deloffre in La phrase française.

(1) – Pour nous attacher à la Terre le Ciel est partout et sa circonférence nulle part

(2) – La métaphysique recèle de certains abîmes que la poésie Seule permet de survoler avec grâce mais non sans que nous en éprouvions chaque fois les frissons d’une incontestable et délicieuse angoisse!

(3) – Croyons que c’est un Hasard aussi généreux qu’imprévisible et définitivement Capricieux qui aura donc, toujours déjà, jeté les dés d’une implacable, aveugle et aveuglante Nécessité…

(4) – Les œuvres que nous reconnaissons comme des Chefs d’œuvres du Grand Art sont toujours aussi celles qui nous disent le mieux l’impossibilité du Chef d’œuvre!

(5) – Légère ou profonde une très ancienne et très précieuse mélancolie guette sûrement celui ou celle qui voudrait refaire le Monde tout en le contemplant…

(6) – Chaque existence humaine, de la conception qui la cristallise jusqu’à une ultime, interminable et très féconde dispersion n’est jamais, au bout d’un impossible compte, qu’une expérience inachevée de l’inachèvement…

(7) – L’écriture, permettant de travailler plus longuement le style, rendant possibles toutes sortes de ruse ou d’embuscades ouvre la voie à toute ces stratégies dont nous savons combien elles peuvent rendre la vie tout à la fois plus imprévisible et plus déroutantes, plus dangereuse et finalement plus excitante!

(8) – Mais quel crédit accorder doute s’il s’agit de douter de la valeur du doute?

(9 – )La séduisante illusion d’une âme à détacher du corps est bien ce leurre ou cet artifice, cet astucieux et très spirituel tous de passe passe inventé par l’homme pour lui permettre d’y dissimuler rapidement le dépit d’être né sans l’avoir voulu ainsi que l’humiliation d’être promis à une disparition toujours plus proche

(10) – La poésie ne cesse d’entretenir comme une flamme l’écho d’une grâce dont l’impatience aurait pu nous priver…

(11) – La vraie et Ultime Sagesse est la Seule et Unique source d’un parfum qui, pour nous la rendre encore plus attirante vient embaumer de la façon la plus inattendue certains recoins parmi les plus reculés de notre indispensable et double labyrinthe à Ciel Ouvert et à Claire Voie

(12) – Ce qu’on appelle Hasard est toujours aussi ce qui se manifeste en nous comme don de l’Energie

(13) – N’importe quel objet trouvé, aussi insignifiant soit-il, peut devenir le point de départ d’un nombre incalculable d’authentiques œuvres d’art, quitte à devoir se contenter parfois de cet unique point de départ…

(14) – On ne remercie jamais vraiment le Hasard que pour son insolente, insondable et capricieuse Générosité

(15) – Car c’est en continuant vaillamment son éternel combat contre la métaphore que la raison, toujours aussi méthodique, prévoyante et calculatrice lui rend l’hommage le plus sincère, le plus mérité et bien sûr aussi le plus convaincant!

(16) – Que deviendrait notre pensée si fière de ses concepts et autres savantes abstractions sans l’incessante poussée de nos cheveux, sans la tension parfois douloureuse de nos muscles, sans la silencieuse mais inexorable érosion de chacun de nos os ?

(17) – Les métaphores sont, dans la langue, comme des fleurs qui se reproduiraient en toutes saisons et grâce à leurs Seuls parfums.

(18) – Chaque nuit, dans chacun de nos rêves ou cauchemars n’assistons-nous pas à une pièce dont le sens nous échappe alors même que nous ne pouvons pas ne pas nous en considérer tout à la fois comme l’auteur inspiré, l’inventif metteur en scène, l’acteur protéiforme et bien sûr aussi le Seul spectateur véritablement enthousiaste ?

(19) – Pour exercer nos forces vitales il nous faudrait pouvoir affronter des compétiteurs qui nous ressemblent : intelligents, courageux et doués surtout d’un solide sens de l’humour.

(20) – Car c’est dans l’exacte mesure de notre participation à l’Energie Originaire que le Hasard est en nous une puissance aussi douloureusement créatrice que généreusement destructrice !

(21) – Nourrie au lait de très anciennes humiliations un très coriace et très toxique ressentiment ne cesse de naître et de renaître en nous comme la fleur attirante et vénéneuse d’une très sombre, très intime et très sournoise méchanceté…

(22) – A l’origine de toute création il y a la Présence nécessaire de l’Absence, l’éternelle, injustifiable et Omniprésente Indifférence du Vide

(23) – La Question même de l’Origine ne devrait-elle pas pouvoir étancher notre soif tout autant et peut-être même beaucoup mieux que n’importe laquelle de ces réponses interminables, souvent assommantes et parfois scabreuses qu’on s’efforce obstinément de lui apporter ?